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Humberto Matheus/shutterstock
Venezuela

L’internationalisme à Caracas vs l’impérialisme à Oslo

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Mise à jour le 26 décembre 2025
Temps de lecture : 8 minutes

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Caraïbes États-Unis Venezuela

La journée du 10 décembre 2025 a donné à voir deux visions polarisées des relations internationales autour de la situation au Venezuela. D’un côté, l’opposante d’extrême droite vénézuélienne María Corina Machado recevait son prix Nobel de la « Paix » à Oslo devant un parterre de responsables ultra-conservateurs latino-américains venus pour l’occasion. De l’autre se tenait à Caracas les 9 et 10 décembre l’Assemblée des peuples pour la souveraineté et la paix avec 500 délégués internationaux venus soutenir le peuple bolivarien.

Le 10 décembre, une grande mobilisation populaire a eu lieu dans les rues de Caracas pour résister aux pressions extérieures. Pendant ce temps, la guerre psychologique lancée par Trump se poursuit.

Prix Nobel de la guerre psychologique

Le 1er décembre 2025, le président vénézuélien, Nicolás Maduro, déclarait lors d’un rassemblement « nous avons vécu 22 semaines d’une agression que l’on peut qualifier de terrorisme psychologique, 22 semaines qu’ils nous mettent à l’épreuve », en référence à l’opération militaire lancée par l’administration Trump au large du Venezuela depuis l’été dernier. Il s’agit en effet d’une véritable guerre hybride qui a été déclarée insidieusement au Venezuela par le gouvernement US tant la batterie d’actes hostiles, de menaces, d’attaques, d’ingérences s’accumulent pour faire pression sur le pays afin qu’il se soumette au projet colonial de Donald Trump.

Ainsi, après la récompense lancée pour l’arrestation du président vénézuélien accusé par Trump d’appartenir à un cartel de drogue de sa propre invention, après les assassinats extrajudiciaires de près de cent personnes dans la mer des Caraïbes, après l’autorisation officielle donnée à la CIA d’opérer au Venezuela, ou encore la menace publique de frappes sur le sol vénézuélien, il convient d’ajouter désormais un blocus aérien quasi total et le vol de navire pétrolier. Ces éléments mis ensemble et distillés progressivement sont la colonne vertébrale de la stratégie de guerre psychologique contre le Venezuela.

À lire aussi : Trump envoie la CIA au Venezuela pour préparer la guerre

Le Prix Nobel de la Paix 2025 décerné à l’opposante d’extrême droite María Corina Machado s’inscrit dans cette stratégie de guerre psychologique. Celle qui est favorable à une intervention militaire états-unienne contre son pays a d’ailleurs dédié son Prix Nobel à Donald Trump, qui s’est également chargé de son transport entre le Venezuela et Oslo. Ce 10 décembre à la remise du Prix, le Président du comité Nobel, le Norvégien Jørgen Watne Frydnes galvanisé sans doute par la présence du gratin atlantiste latino-américain dans ses locaux, dont le président argentin Javier Milei, a déclaré « M. Maduro, acceptez le résultat des élections et retirez-vous ».

Ce langage fort peu diplomatique et stupéfiant d’ingérence a montré l’image d’un comité Nobel partial, courbé devant l’extrême droite occidentale et se transformant de facto en une sorte d’excroissance du gouvernement US dans sa guerre psychologique contre le Venezuela.

Cet alignement du comité Nobel de la Paix sur la stratégie belliciste des USA est d’autant plus surprenant que même les gouvernements européens (Royaume-Uni compris) se sont désolidarisés de l’opération militaire états-unienne dans les Caraïbes et ont stoppé tout partage de renseignement avec l’armée US dans la zone afin de ne pas se rendre complices d’exécutions extrajudiciaires.

Blocus aérien

Sur le terrain, l’administration Trump poursuit son offensive. Après les bateaux coulés qui ont fait a minima 83 victimes, un blocus aérien a été mis en place sur le Venezuela. Par une déclaration sur Truth Social du 29 novembre, Trump décrétait, certes en toute illégalité, la fermeture de l’espace aérien du Venezuela. Par crainte, les compagnies aériennes étrangères ont progressivement suspendu leurs vols vers et depuis le Venezuela. Aujourd’hui, le Venezuela est quasiment coupé du monde en matière de liaisons aériennes, ce qui a un impact fort sur le peuple, le tourisme et l’économie. Pour accéder au Venezuela, il faut de fait utiliser des voies maritimes ou terrestres depuis les pays voisins en plus des quelques liaisons aériennes qui demeurent, sous le contrôle de l’État vénézuélien.

Acte de piraterie et vol de pétrole

Par ailleurs, alors que le gouvernement des États-Unis répète depuis août dernier que son déploiement militaire dans les Caraïbes vise à lutter contre le trafic de drogue, le gouvernement vénézuélien alerte sur une justification mensongère visant à masquer une opération impérialiste de changement de régime à Caracas pour mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Les masques ont commencé à tomber le 1er décembre quand Donald Trump, qui dit faire de la lutte contre le narcotrafic une priorité, a gracié l’ex-président du Honduras Juan Orlando Hernández baron de la drogue avéré et condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour narcotrafic.

Le deuxième acte révélant la nature réelle de l’opération états-unienne dans les Caraïbes est arrivé le 10 décembre avec l’interpellation par l’armée US du pétrolier le Skipper. Trump a annoncé s’approprier le navire de 333 mètres ainsi que le pétrole qu’il contenait. Le motif officiel des États-Unis est que ce navire transportait du pétrole sous sanctions d’Iran et du Venezuela, justifiant son arraisonnement en application de l’extraterritorialité de leur droit. La traduction en droit international étant un acte de piraterie avec vol du navire et de sa marchandise.

L’internationalisme répond à l’impérialisme

Dans ce contexte d’accroissement considérable des tensions s’est tenue les 9 et 10 décembre 2025 à Caracas l’Assemblée des peuples pour la souveraineté et la paix avec la présence de près de 1000 délégués venant de plus de 50 pays, représentant des mouvements progressistes et de paix. L’événement, organisé par l’Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples et le PSUV, a pu se tenir malgré le blocus aérien du pays organisé par les États-Unis et qui a empêché plusieurs délégués de participer physiquement à l’Assemblée, notamment certains venant d’Amérique du Nord et d’Europe.

La tenue avec succès de cette Assemblée, malgré le blocus aérien, malgré les menaces guerrières de l’armée US est un signe de la combativité du mouvement de solidarité internationale avec le Venezuela. Durant ces deux journées, l’Assemblée a abordé des thématiques telles que la guerre économique et cognitive, la défense de la « Terre Mère » ou encore la redynamisation des cultures ancestrales.

Les participants y ont validé le principe de création de « brigades solidaires internationales pour la paix » ainsi qu’un « conseil des peuples originels pour protéger la diversité et la souveraineté ». Un appel à soutenir les droits des migrants a été émis ainsi qu’à l’union du Sud global face à l’ingérence et aux interventions militaires. Les délégués ont également visité des Communes qui sont un échelon de pouvoir populaire de plus en plus promu au Venezuela dans le développement du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Face à la recrudescence de l’impérialisme états-unien dans la région, cette Assemblée a revendiqué la solidarité et l’internationalisme. En marge de cet événement, le président Nicolás Maduro a déclaré « plus de Vietnam ! Plus de Somalie ! Plus d’Irak ! (…) Assez de guerres impériales ! (…) Cette patrie ne sera jamais colonisée par aucun empire ! ».

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