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Hay que inventar

Face au blocus, Cuba promeut l’investissement étranger

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Mise à jour le 6 février 2026
Temps de lecture : 6 minutes

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États-Unis Cuba

L’administration de Donald Trump a encore accru le siège économique de l’île avec de nouvelles restrictions décidées durant l’année 2025. L’objectif affiché est invariable depuis 1960 : provoquer un changement de gouvernement et en finir avec la Révolution cubaine. Dans ce contexte, le gouvernement cubain présente une nouvelle loi sur l’investissement étranger afin de donner de l’air à l’économie cubaine.

Ces assauts législatifs constants, les renforcements permanents du blocus nécessitent, pour y résister, une capacité d’adaptation constante du peuple et du gouvernement cubain. Loin d’être un pays sclérosé ou figé comme les médias occidentaux aiment à le dépeindre en montrant des édifices abîmés et de vieilles voitures (conséquences du blocus qu’ils taisent la plupart du temps), Cuba est un pays en constante adaptation. Cette capacité d’adaptation va de l’échelle individuelle, avec l’expression très populaire à Cuba « hay que inventar » (il faut inventer) et souvent résumée en France par le terme de « système D ».

Contrer le blocus et enclencher un développement productif

L’adaptation permanente se répercute au niveau de l’organisation politique, dans les structures de quartier, mais aussi au niveau de l’État, avec une nouvelle Constitution adoptée en 2019 et une réforme constitutionnelle en 2022 à l’occasion de deux référendums. L’adaptation constante est une condition vitale face à l’acharnement de l’empire états-unien, elle est même devenue une exigence révolutionnaire assumée lors du discours du 1er mai 2000 de Fidel Castro « la Révolution c’est changer tout ce qui doit être changé ».

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les évolutions annoncées le 25 novembre dernier par Oscar Pérez-Oliva Fraga, vice Premier ministre en charge du Commerce Extérieur et des Investissements étrangers, pour développer les investissements étrangers à Cuba. Les changements sont multiples et vont de la possibilité d’utiliser des comptes bancaires à l’étranger pour réaliser des opérations à Cuba, la possibilité, par dérogation, d’embaucher directement des travailleurs sans passer par les agences publiques jusqu’à présent obligatoires, le recours facilité aux devises étrangères dans les investissements sur place (dollars ou euros par exemple) conduisant à une redollarisation partielle de l’économie, ou encore la possibilité de développer de nouvelles Zones Spéciales sur le modèle du port de Mariel.

Ces mesures sont avant tout des mesures d’urgence et défensives dans le cadre du blocus afin de faire entrer des devises dans l’île que le blocus cherche précisément par tous les moyens d’empêcher de rentrer. Ces entrées de devises qui font actuellement défaut sont la condition sine qua non pour permettre de refaire fonctionner correctement les services publics gratuits essentiels comme la santé, l’éducation et l’aide matérielle à la population.

Toutefois, la stratégie cubaine ne se cantonne pas à l’aspect défensif. À travers cette évolution, dont cette nouvelle loi est une des expressions majeures, se dessine une volonté de bâtir une législation économique et commerciale qui permette le développement productif du pays. En prenant l’exemple du Vietnam dans le domaine de la production de riz, le ministre annonce une série de 426 projets déterminés par Cuba et ouverts à l’investissement extérieur en partenariat avec l’État cubain. Ces projets se concentrent prioritairement dans les secteurs clefs de la production d’aliments, l’industrie, le tourisme et l’énergie et notamment à travers la prospection et l’extraction pétrolière.

Le ministre précise que ces évolutions ne sont pas « en contradiction avec la Constitution de la République de Cuba ». La nouvelle politique cubaine sur les investissements étrangers s’inscrit donc comme un âpre compromis entre les principes de la Révolution cubaine et les nécessaires adaptations face au blocus pour contrer ses effets et permettre des politiques de développement robustes. Hay que inventar.

Provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement

La politique de l’administration Biden avait pourtant marqué une continuité avec celle de Trump I, mais ce n’était pas encore suffisant pour l’administration Trump II. Dès l’investiture, le 20 janvier 2025, Trump a remis Cuba sur la liste états-unienne des États soutenant le terrorisme et adopté de nouvelles mesures de renforcement du blocus. Il récidivera en juillet 2025. Le 29 octobre 2025, l’Assemblée générale des Nations unies a d’ailleurs une nouvelle fois très largement condamné le blocus illégal des États-Unis contre le peuple cubain.

Le blocus est un corpus législatif états-unien compilant toute une série de lois, règlements, listes, décrets accumulés depuis 1960 au lendemain du triomphe de la Révolution cubaine. Même s’il s’agit précisément de l’ordre exécutif 3447 émis le 3 février 1962 par le président des États-Unis Kennedy qui vient officialiser le blocus économique, commercial et financier contre Cuba. Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines des États-Unis et artisan de la stratégie du blocus déplorant le 6 avril 1960 que « la majorité des Cubains soutenait Castro », précisait l’objectif de cette politique « tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et monétaires dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ».

Plus de 65 ans après cette déclaration, l’objectif et les modalités d’action du gouvernement états-unien n’ont pas changé d’un iota. Le blocus s’est même renforcé au fil des décennies et l’extraterritorialité de son application a été développée. Le blocus a coûté à l’économie cubaine 170 milliards de dollars depuis 1962, et 7,5 milliards uniquement l’année passée, ce qui est considérable pour l’économie d’un pays caribéen comme Cuba.

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