Face à l’asphyxie financière, aux sanctions extraterritoriales et à la criminalisation de ses échanges, La Havane transforme la science en instrument de développement et de souveraineté.
Une alliance scientifique contre l’asphyxie économique
En décembre 2025, Cuba et la Russie ont officialisé la création de Sinergia Global Biofarmacéutica, première coentreprise biopharmaceutique conjointe implantée sur le sol russe. L’objectif est clair : développer, produire et commercialiser des médicaments innovants – notamment contre les cancers, les maladies neurodégénératives et auto-immunes – en dehors des circuits dominés par les grandes firmes pharmaceutiques occidentales.
Ce projet n’est pas un simple partenariat technique. Il s’inscrit dans un contexte de guerre économique totale menée contre Cuba, renforcée sous les administrations américaines successives, démocrates comme républicaines. Restrictions bancaires, sanctions secondaires, entraves logistiques, pressions sur les fournisseurs : tout concourt à empêcher l’île d’importer matières premières, équipements médicaux et intrants pharmaceutiques.
Dans ce cadre, la coopération avec la Russie relève d’un choix stratégique vital. Elle vise à sécuriser des chaînes de production, à garantir des débouchés commerciaux hors du champ de coercition états-unien et à préserver une capacité scientifique nationale que beaucoup d’États du Sud ont déjà perdue. La projection vers les marchés eurasiens et latino-américains traduit une logique de survie collective plus qu’une ambition mercantile.
BioCubaFarma, science publique sous blocus
Au cœur du dispositif figure BioCubaFarma, pilier du système de santé cubain et acteur central de sa diplomatie scientifique. Loin d’être une vitrine, ce complexe public concentre près de la moitié de la recherche biopharmaceutique nationale et a développé des traitements reconnus internationalement, du Heberprot-P aux vaccins thérapeutiques anticancéreux.
Mais cette excellence scientifique se heurte frontalement aux effets du blocus : impossibilité d’accéder aux marchés financiers, ruptures d’approvisionnement, sanctions contre les partenaires commerciaux, interdictions de transactions en dollars. La pénurie de médicaments qui frappe aujourd’hui la population cubaine n’est pas le produit d’une mauvaise gestion ou d’un choix politique interne, mais le résultat mécanique d’une stratégie de strangulation assumée par Washington.
Dans ce contexte, l’accord avec Moscou n’est pas une fuite en avant, mais un acte de résistance structurelle. Il s’agit de préserver des capacités de production, de maintenir un haut niveau de recherche publique et de desserrer, même partiellement, l’étau imposé à la société cubaine.
Le blocus, une guerre longue durée
Imposé en 1962 et constamment renforcé depuis, le blocus américain contre Cuba constitue l’un des régimes de sanctions les plus longs de l’histoire contemporaine. Condamné chaque année par l’Assemblée générale de l’ONU, il interdit non seulement les échanges directs avec les États-Unis, mais pénalise aussi toute entreprise étrangère commerçant avec l’île.
Dans le secteur de la santé, ses effets sont directs : pénuries de médicaments, impossibilité d’acheter des équipements, surcoûts massifs liés aux circuits de contournement. La coopération scientifique internationale devient dès lors un acte de résistance économique autant qu’un projet de développement.