L’attaque américaine contre le Venezuela et son prétexte nous obligent à clarifier ce que représente le narcotrafic en Amérique latine et notamment les rapports qu’il entretient avec les États-Unis.
Le cas d’école hondurien
Pour comprendre la mécanique d’un véritable narco-État, il faut disséquer le fonctionnement du Honduras sous la présidence de JOH entre 2014 et 2022. Les procureurs américains eux-mêmes, avant que la politique ne reprenne ses droits, avaient qualifié ce régime de « super-autoroute » pour la cocaïne. Il ne s’agissait pas d’une simple corruption passive, mais d’une restructuration des infrastructures nationales au service du trafic : les routes, vantées par le président comme des outils de développement, étaient construites stratégiquement pour faciliter le transport de la drogue. Plus grave encore, les institutions régaliennes, police et armée en tête, étaient totalement « pénétrées » par les trafiquants, garantissant une impunité totale.
L’ampleur du trafic orchestré par l’État hondurien donne le vertige et rend la grâce de Trump d’autant plus scandaleuse. La justice avait établi que JOH avait participé à une conspiration ayant expédié plus de 500 tonnes de cocaïne aux États-Unis, recevant en échange des millions de dollars de pots-de-vin, notamment de la part du célèbre Joaquín « El Chapo » Guzmán pour financer ses campagnes électorales. C’est ce criminel avéré, dont la culpabilité ne fait aucun doute, que la Maison-Blanche a choisi d’extraire de prison après seulement deux ans et demi de détention.
Le 28 juin 2009, le Honduras a été marqué par un coup d’État militaire orchestré par les forces réactionnaires du pays. Le putsch visait à briser la dynamique de réformes sociales conduites par le président Manuel Zelaya, à rompre l’alliance avec l’ALBA et à étouffer le projet d’Assemblée constituante. Un coup d’État soutenu par les États-Unis, puisque l’administration Obama valida les élections controversées de novembre 2009 qui amenèrent au pouvoir les putschistes. Après cet épisode, le bipartisme (Parti national et Parti libéral) reprit son cours, avec pour conséquence l’arrivée au pouvoir de JOH en 2014.
Entre grâce présidentielle et intervention militaire, le cœur trumpien balance
La manœuvre de Donald Trump ne relève pas de la clémence, mais d’une ingérence brutale visant à réinstaller ses pions. La libération de JOH a été orchestrée sciemment en plein dépouillement d’une élection présidentielle hondurienne incertaine, dans le but explicite de favoriser Nasry Asfura, le candidat du Parti national, héritier direct du système mis en place par le narcotrafiquant libéré. Le chantage est à peine voilé : Trump a conditionné la future aide financière américaine à la victoire de son favori conservateur, menaçant de couper les vivres si le peuple hondurien ne votait pas selon les désirs de Washington.
Ce deux poids, deux mesures est l’illustration parfaite de l’hypocrisie impérialiste, surtout lorsqu’on le compare au sort réservé au Venezuela. Alors que Trump blanchit un trafiquant condamné qui a transformé son pays en narco-État avéré, il n’hésite pas à déployer l’US Navy, à bombarder Caracas et à kidnapper le président Nicolás Maduro et sa femme sous le prétexte d’une lutte antidrogue dont les preuves restent inconnues. L’étiquette de « narco-État » n’est qu’une arme idéologique. Elle sert à justifier l’agression militaire contre les nations souveraines qui résistent à l’hégémonie US.
Un narco-État n’est pas défini par le volume de drogue qui y transite, mais par la nature de ses relations avec l’impérialisme américain. Si le Honduras de JOH a pu prospérer en tant que plateforme logistique du crime organisé, c’est bien parce que ses élites ont su fusionner l’appareil d’État avec les cartels tout en garantissant leur allégeance à Washington.