Dans la nuit du 3 janvier, la Chambre constitutionnelle du Tribunal suprême de justice (TSJ) a déclaré l’« absence temporaire » du président de la République et ordonné que la vice-présidente exécutive assume immédiatement la présidence par intérim.
La structure du gouvernement préservée
Il n’y a donc pas eu de vide du pouvoir ni de rupture institutionnelle. Pas plus qu’il ne semble y avoir, pour l’heure, « d’émeutes » dans les rues de la capitale. Les procédures se déroulent dans le cadre juridique prévu. Un Conseil national de la défense a réuni l’ensemble des autorités civiles, militaires et judiciaires avant de décréter l’état d’urgence.
Les principaux dirigeants du pays appellent au calme et à la résistance. L’armée réaffirme sa loyauté à la Constitution. Le PSUV, principal parti du pays, appelle lui aussi le peuple à s’organiser dans le calme et à refuser l’agression états-unienne. Pour les autorités vénézuéliennes, la réponse s’inscrit dans le droit national et la légalité institutionnelle, bien loin des scénarios de « transition imposée » défendus depuis l’étranger.
Institutions, armée, justice. Toute la structure de l’État tient ferme pour l’instant. Le doute – légitime – plane toutefois quant aux failles éventuelles des services de renseignement et de sécurité, et à l’infiltration réussie des États-Unis dans le cercle rapproché du président. Mais un « changement de régime » est loin, très loin d’être acquis pour Washington.
Washington mise sur le choc, Caracas sur la stabilité
D’ailleurs, qui pourrait être surpris d’une telle opération ? Voilà des mois que l’armée américaine se masse au large du pays. La National Security Strategy 2025, publiée par l’administration Trump le mois dernier, présentait explicitement Washington comme le gardien exclusif de l’hémisphère, légitime à intervenir dès qu’un gouvernement ose mener une politique indépendante.
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Billet d'humeur :
Fakes pas si news
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Le récit américain se heurte aux faits
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