Après les tensions avec Washington autour du G20, Pretoria accélère sa quête d’autonomie et s’inscrit pleinement dans le monde multipolaire qui se déploie.
Un acte réfléchi d’indépendance monétaire
Pour Pretoria, rejoindre le réseau CIPS n’est pas un choix technique mais une décision politique assumée. Le système de paiement chinois permet d’effectuer des transactions internationales hors du dollar et évite le recours quasi obligatoire à la messagerie SWIFT, devenue au fil des années un instrument de sanctions. L’Afrique du Sud envoie ainsi un message clair : ses échanges ne doivent plus dépendre d’un dispositif susceptible d’être utilisé comme moyen de pression extérieure.
Les tensions récentes avec les États-Unis jouent évidemment un rôle en toile de fond. Le boycott américain du G20 de Johannesburg et la volonté affichée d’exclure l’Afrique du Sud du sommet 2026 ont agi comme un révélateur. Un pays du Sud global peut être marginalisé pour des raisons idéologiques ou géopolitiques. Cette expérience a renforcé la volonté de Pretoria de sécuriser ses infrastructures financières contre toute mesure unilatérale.
Dans le contexte actuel, réduire la vulnérabilité face aux décisions américaines devient un impératif stratégique. Le CIPS apparaît alors comme une garantie minimale d’autonomie, une manière de protéger les circuits commerciaux africains d’éventuels blocages ou gel d’avoirs.
L’Afrique du Sud ouvre la voie à un basculement continental
La Standard Bank est la première grande institution africaine à s’intégrer pleinement au CIPS, mais elle ne sera pas la dernière. Plusieurs pays du continent testent déjà des solutions de paiement alternatives pour contourner les surtaxes douanières américaines, les pressions politiques ou la volatilité du dollar. L’Égypte, l’Éthiopie ou encore l’Afreximbank ont engagé des démarches similaires, prouvant que l’idée n’est plus marginale.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large, fait du refus croissant du Sud global de dépendre d’une architecture financière occidentale conçue à une époque où les pays émergents avaient peu de poids. Aujourd’hui, l’Afrique représente un centre économique en expansion, et ses dirigeants entendent disposer d’outils à la hauteur de leurs ambitions.
Pourquoi l’Afrique du Sud se tourne vers le CIPS
- Moins de vulnérabilité : éviter qu’un désaccord politique débouche sur des sanctions financières.
- Liberté monétaire : réduire l’usage du dollar dans les échanges commerciaux.
- Après les tensions du G20, Pretoria sécurise ses infrastructures.
- Ancrage multipolaire : se rapprocher des BRICS+ et de leurs instruments financiers.
- Signal continental : encourager d’autres pays africains à explorer des alternatives à SWIFT.