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Rencontre

« Les échecs apprennent la rigueur » Taylan Coskun raconte les bienfaits d’un jeu populaire

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Mise à jour le 5 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Entretien

Peu de jeux ont traversé autant de siècles et de civilisations que les échecs. Rencontre avec Taylan Coskun, passionné d’échecs et ardent défenseur de leur rôle dans l’éducation populaire, la construction de ponts entre les peuples et la culture de la paix.

Il a récemment signé, dans Progressistes, un article sur les vertus pédagogiques des échecs. Il y rappelle leurs « bienfaits pour développer ces compétences indispensables que sont la prise de décision, la mémoire et l’imagination ». Les échecs se situent, selon lui, parmi les disciplines où la rigueur stimule l’esprit et où les enfants progressent vite ; à l’image des mathématiques, de l’informatique ou des langues.

Des municipalités qui montrent le chemin

Certains pays ont d’ailleurs fait ce choix stratégique. L’Arménie, rappelle-t-il, a inscrit les échecs dans sa politique éducative, convaincue de son apport à la réussite scolaire. La comparaison avec la France est rude. « Avant-dernière parmi les pays européens pour le niveau d’apprentissage des mathématiques, la France est championne dans le creusement des inégalités liées au sexe, à l’origine ethnique et à la classe sociale des élèves » déplore-t-il.

Pour mesurer ce que les échecs peuvent réellement changer, Taylan cite l’exemple de plusieurs municipalités. À Bonneuil-sur-Marne, le maire communiste Denis Öztorun a introduit les échecs dans les écoles primaires. « Un projet liant la ville et l’Éducation nationale, en coopération avec la revue Europe Échecs, permet d’initier les enfants de 18 classes de CM1 et de CM2 » explique-t-il. Beaucoup d’enseignants, sceptiques au départ, ont finalement attesté des progrès concrets observés en termes de concentration, de logique et de patience.

« Par différents bouts, les échecs peuvent ouvrir des portes » poursuit Taylan. « C’est un vecteur de pensée rigoureuse et de concentration dans un monde où l’on passe son temps à scroller, à aller vite, à zapper. Aux échecs, il faut se poser, construire un raisonnement, réfléchir avant d’agir. »

La révolution silencieuse de l’intelligence artificielle

Depuis quelques années, on assiste à une véritable renaissance du jeu. On l’attribue volontiers aux applications en ligne ou au succès de la série Le Jeu de la dame. C’est en partie vrai, mais ce n’est pas tout. Les échecs progressent toujours dans les périodes de bouleversements. Les crises économiques, les guerres, les transitions technologiques. Il faut dire que notre époque concentre les trois.

Le phénomène est profond. « C’est l’un des secteurs les plus bouleversés par l’intelligence artificielle et le numérique » souligne-t-il. Depuis la défaite de Garry Kasparov face à un ordinateur dans les années 1990, beaucoup imaginaient que le jeu déclinerait. « En réalité, c’est l’inverse qui s’est produit. L’excellence de l’intelligence artificielle a permis aux joueurs de s’entraîner à un niveau jamais atteint, contre des machines qui ne commettent aucune erreur humaine. »

Résultat, on voit une explosion du nombre de grands maîtres à travers le monde. L’épisode du COVID a encore accéléré la tendance. «  Des milliers d’enfants se sont mis aux échecs. Aujourd’hui, certains deviennent grands maîtres à 12 ans. Ils ont un niveau de maîtrise qui aurait été inimaginable il y a vingt ans. »

Pour Taylan, cette mutation dit quelque chose de notre société. Les échecs restent l’un des rares espaces où des enfants, des adolescents et des jeunes adultes peuvent atteindre très tôt un haut niveau, grâce à une discipline accessible, universelle, profondément démocratisante.

Stefan Zweig, Le joueur d’échecs

Où commence-t-il, où finit-il ? Un enfant peut en apprendre les premières règles, un ignorant s’y essayer et acquérir, dans le carré limité de l’échiquier, une maîtrise d’un genre unique, s’il a reçu ce don spécial. La patience, l’idée subite et la technique s’y joignent dans une certaine proportion très précise à une vue pénétrante des choses, pour faire des trouvailles comme on en fait dans les mathématiques, la poésie, ou la musique – en se conjuguant simplement, peut-être, d’une autre façon.

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