Il parle sans détour. « J’ai l’habitude d’analyser tout événement sous l’angle de la lutte des classes. » Pour Valentin Shilow, communiste russe engagé depuis l’âge de dix-huit ans, aucune situation internationale ne peut être comprise en dehors de ce cadre.
À ses yeux, la Révolution socialiste d’Octobre 1917 constitue une rupture fondatrice. Non parce qu’elle serait sortie de nulle part, mais parce qu’elle fut la « première tentative historique d’application massive d’idées portées, avant elle, par Thomas More, Rousseau, Marx ou Engels ». Une tentative empreinte de contradictions, reconnaît-il, mais décisive.
Pour l’expliquer, il convoque une image tirée de son quotidien marqué par la métallurgie. « Je vis dans une ville de métallurgistes. Toute fusion, même du métal le plus noble, produit des scories. C’est vrai dans tous les domaines. Et en politique aussi. » Autrement dit, juger l’expérience soviétique uniquement à l’aune de ses échecs revient à nier son apport colossal à l’histoire mondiale.
Car cette expérience a profondément transformé le XXe siècle. « La révolution russe a engendré des vagues de révolutions et de soulèvements à travers le monde. D’anciennes colonies sont devenues des États indépendants. » Même dans des pays restés capitalistes, les partis communistes et ouvriers ont pesé durablement.
L’effondrement de l’URSS, en 1991, a constitué un choc majeur. Mais il n’a pas enterré le mouvement. « La Chine, le Vietnam, Cuba et beaucoup d’autres ont maintenu une dynamique socialiste. »
Dans cette continuité, le Venezuela occupe une place singulière. Non comme une copie de l’expérience soviétique, mais comme une tentative originale. Hugo Chávez, rappelle Valentin, était proche de Fidel Castro et a progressivement élaboré sa propre conception du socialisme.
Les liens symboliques sont forts. En Russie, un monument à Simón Bolívar a été posé à Moscou, une rue porte le nom d’Hugo Chávez, un buste a été érigé en son honneur. « Des membres de notre Parti communiste ont participé à tous ces événements. Ce qui se passe au Venezuela nous touche profondément. »
Et pour Valentin Shilow, certains signes ne trompent pas. En 2017, un monument à Lénine est inauguré à Caracas, en présence de Nicolás Maduro. « Dans les pays capitalistes gouvernés par des exploiteurs, on n’érige pas de monuments aux révolutionnaires. On les déboulonne. »
Cette phrase résonne d’autant plus fort qu’il a constaté le phénomène inverse dans certains territoires de son propre pays. Monuments retirés, rues débaptisées, mémoire soviétique effacée au nom d’une prétendue « restauration historique ». Une bataille idéologique silencieuse, mais profonde.
Dès lors, les agressions contre Caracas ne sont pas, pour lui, de « simples séquences diplomatiques ». « C’est une offensive du capitalisme contre le socialisme. » Une offensive multiforme, qui peut prendre la forme de sanctions, de déstabilisation politique, de guerres hybrides ou d’interventions militaires.
Conclusion sans ambiguïté : « Une tâche importante pour toutes les forces révolutionnaires, communistes et socialistes est de s’unir. C’est une question de vie ou de mort. »
Quand la Révolution française traversait les villes soviétiques
Lors de notre entretien, Valentin Shilow a tenu à rappeler son attachement à la Révolution française. « Vous savez peut-être qu’en Russie, il existait des rues Robespierre à Koursk (1918-1951), à Rjev (1926-2021) et à Novorossiïsk (encore aujourd’hui). De 1923 à 2014, il y avait également un quai Robespierre à Saint-Pétersbourg (Leningrad), et il existe toujours une rue Marat.
Ces rues ont été nommées durant l’ère soviétique, lorsque le pays était gouverné par le Parti communiste bolchevique, dirigé par Lénine et Staline. Et dans ma ville natale, il existe une rue de la Commune de Paris.
C’est pourquoi, à mes yeux, la révolution russe est, dans une certaine mesure, indissociable de la Révolution française. C’est pourquoi moi, je trouve des camarades et des frères parmi les Jacobins et les Robespierristes. »