Liberté Actus : Pour des motivations politiques, un blocus a été progressivement mis en place sur le Venezuela par le gouvernement des États-Unis à partir de 2016. Quel a été l’impact du blocus des États-Unis sur le Venezuela ?
Martha Bolívar : Les États-Unis, bastion du capitalisme, traversent une crise structurelle profonde. Leur modèle n’étant plus soutenable, ils se transforment en une bête sauvage qui dévore tout sur son passage, générant le chaos et la mort. Rappelons la longue histoire des ingérences étatsuniennes dans la région : depuis 1898, Washington est intervenu au moins 41 fois en Amérique latine pour renverser des gouvernements, avec des invasions, coups d’État, appuis à des dictatures, sanctions économiques ou opérations de la CIA.
L’Empire ne pardonne pas que nous leur ayons dit « non », que nous ayons nationalisé notre secteur pétrolier, que nous ayons créé l’ALBA PETROCARIBE et que nous entretenions des relations fraternelles de solidarité et de coopération avec Cuba, le Nicaragua, les Caraïbes, la Russie, la Chine et le Sud global plus généralement, des pays qui partagent notre vision d’un monde multipolaire.
C’est pour cela qu’ont eu lieu le coup d’État de 2002, le sabotage pétrolier, les guarimbas et, surtout, les mesures coercitives unilatérales. Depuis 2015, ces sanctions, présentées comme de la « justice », cherchent en réalité à nous étouffer. Je parle du blocus financier qui nous empêche d’obtenir des crédits internationaux, d’acheter des médicaments, des aliments ou des biens essentiels ; des sanctions contre notre industrie pétrolière, qui ont fait chuter de plus de 90 % nos revenus pétroliers ; et de l’embargo sur nos actifs à l’étranger ou notre or, dont plus de 7 milliards de dollars ont été volés.
Tout cela a provoqué une hyperinflation, un effondrement de plus de 70 % du PIB, la dégradation des services publics et une émigration forcée de nombreux compatriotes.
Depuis 26 ans, mon pays subit un assaut permanent : sabotage pétrolier, tentatives de coups d’État, sanctions économiques, pressions diplomatiques et même déploiements militaires disproportionnés. Tout cela sert à imposer l’idée que le socialisme aurait échoué, en passant sous silence l’impact réel des mesures coercitives unilatérales, qui frappent notre peuple. Ces actions ne défendent pas la démocratie, elles la fragilisent.
L.A. : Quelle est la situation économique actuelle au Venezuela ?
M.B. : Malgré plus de 1 000 mesures coercitives unilatérales imposées par l’impérialisme nord-américain et ses alliés, visant à nous faire plier et à piller nos richesses, le Venezuela progresse avec détermination vers une économie diversifiée, productive et souveraine.
Nous venons de réaliser 17 trimestres consécutifs de croissance soutenue, grâce à l’effort héroïque de notre peuple, à la bonne politique économique du Président Nicolás Maduro et au développement des 18 moteurs productifs de l’Agenda Économique Bolivarienne. Le PIB a augmenté de 7,7 % au premier semestre 2025. Cela nous place de nouveau en tête de la croissance économique en Amérique latine et dans les Caraïbes, dépassant même des pays qui ne sont pas touchés par des blocus criminels.
Nous avons progressé vers la souveraineté alimentaire : aujourd’hui, nous produisons plus de 97 % des aliments que nous consommons, laissant derrière nous la dépendance aux importations. La production pétrolière se maintient au-dessus d’un million de barils par jour et continue de croître, tandis que des secteurs comme l’industrie manufacturière, le commerce, les télécommunications et le tourisme connaissent des expansions historiques.
La collecte fiscale augmente, l’investissement social reste prioritaire (plus de 77 % du budget national) et nous renforçons l’économie numérique ainsi que le nouveau système de prix convenus avec le secteur privé productif. Nous continuons d’avancer par nos propres efforts, en diversifiant notre économie, réduisant la dépendance à la rente pétrolière et garantissant le bien-être du peuple.
L.A. : Depuis le mois d’août 2025 de nombreux moyens militaires ont été déployés par les États-Unis dans la mer des Caraïbes, au large des côtes du Venezuela au motif officiellement de la lutte contre le narcotrafic. Des frappes illégales contre de petites embarcations ont eu lieu faisant à ce jour plus de 70 morts de manière extra-judiciaire. Le plus grand porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford vient d’arriver dans la mer des Caraïbes le 11 novembre. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous savez de la situation sur place ? Comment le Venezuela au déploiement militaire des USA dans la mer des Caraïbes ?
M.B. : Le déploiement massif des forces militaires des États-Unis dans la mer des Caraïbes — avec le porte-avions nucléaire USS Gerald R. Ford, des destroyers, des sous-marins, des avions de combat, des drones et des milliers de marines — n’est qu’une provocation ouverte, un acte de piraterie moderne présenté comme une « lutte contre le narcotrafic ». Nous savons tous que le véritable objectif est d’intimider notre peuple souverain, de piller nos richesses pétrolières et de renverser le gouvernement légitime du Président Nicolás Maduro, élu par la volonté populaire.
Mais le peuple vénézuélien, courageux et anti-impérialiste, qui a résisté à plus d’un millier de mesures coercitives unilatérales, a répondu par une unité monolithique, une conscience patriotique et une mobilisation totale. Le peuple reste mobilisé dans les quartiers, communautés et lieux de travail, et les assemblées populaires se multiplient pour réaffirmer son soutien absolu à la Révolution bolivarienne et à la Force armée nationale. La Milice nationale bolivarienne, force populaire de plus de 4,5 millions de membres, s’est activée sur tout le territoire. Dans le cadre du Plan de Défense intégrale de la Nation et de la nouvelle phase du Plan Indépendance 200, plus de 200 000 militaires ont participé à des exercices massifs, montrant que chaque centimètre de notre souveraineté est prêt à être défendu.
Cette provocation étatsunienne n’a fait que renforcer notre union civico-militaire et réveiller l’esprit bolivarien. Nous ne craignons ni leurs porte-avions ni leurs menaces : nous avons surmonté blocus, tentatives d’assassinats politiques, invasions mercenaires et guerres économiques, et nous triompherons de cette nouvelle agression. Le peuple vénézuélien est debout, uni, vigilant et victorieux : aucune invasion ne nous fera plier, car le Venezuela n’est l’arrière-cour de personne.
L.A. : Le prix Nobel de la paix a été accordé à María Corina Machado cette année. Il s’agit d’une opposante d’extrême droite au gouvernement et qui est favorable à une intervention militaire des États-Unis contre le gouvernement du Venezuela, que penser de ce choix ? Y a-t-il un lien avec l’opération militaire en cours dans les Caraïbes ?
M.B. : Ce faux prix Nobel sert est un prétexte parfait pour légitimer une fasciste qui dédie son trophée à Trump et réclame plus d’intervention étrangère, tandis qu’ils mobilisent simultanément la plus grande flotte militaire dans les Caraïbes depuis l’invasion du Panama en 1989. Hypocrisie impérialiste à son comble !
Ils agissent ainsi parce qu’ils ne supportent pas que le Venezuela, visé par plus de 1 000 mesures coercitives unilatérales, reste debout, se développe économiquement, défende sa souveraineté sur l’Essequibo et progresse vers la prospérité avec notre Président Nicolás Maduro. Ils veulent mettre María Corina en avant sur le plan international.
Ce faux Nobel et ce déploiement militaire sont deux faces d’une même pièce : le désespoir de l’empire, une bête blessée qui réagit par la mort et la destruction. Nous restons fermes dans la doctrine bolivarienne, zamorane et chaviste.
L.A. : Quelle coopération internationale le Venezuela recherche-t-il afin de contrer les actions impérialistes du gouvernement des États-Unis ? Qu’attendre de l’Europe et de la gauche européenne ?
MB : La solidarité internationale est essentielle pour continuer de dénoncer l’action coercitive et guerrière du gouvernement de Trump, qui se croit maître du monde. Il est clair que l’impérialisme est en décadence, et c’est pourquoi il agit comme une bête blessée très dangereuse.
Nous avons un devoir urgent en tant qu’acteurs de la vérité : il est crucial de relayer la vérité sur le Venezuela par des communiqués, tribunes, actions et médias alternatifs, afin de contrer la narration internationale mensongère. Le camarade Président Nicolás Maduro a appelé à créer les Brigades Internationales pour la Paix : devenons des miliciens pour la paix.
Ne laissons pas le désespoir nous submerger ; que nos rêves d’un monde meilleur nous guident et nous inspirent à marcher sur le chemin de l’unité, de la solidarité, du respect, de la défense de la souveraineté, de l’autodétermination, de la vie et de la paix.
Face à cette menace de guerre ouverte du gouvernement de Donald Trump, avec sa flotte nucléaire dans notre mer des Caraïbes, ses porte-avions meurtriers et sa marionnette María Corina Machado, nous attendons ce que la dignité humaine et la tradition anti-impérialiste européenne exigent :
Une position claire, courageuse et unie contre cette barbarie américaine !
Le respect du droit international
Le respect du Traité de Tlatelolco
Ne pas être complice de la menace américaine sur notre région et le monde
Le respect de la souveraineté et de l’autodétermination des peuples.
Enfin, j’appelle tous les frères de lutte pour un monde meilleur : nous avons une dette et un engagement inéluctable envers le peuple palestinien. Nous devons vaincre les acteurs de pacotille qui ne cherchent qu’à poser pour la photo. Un simple accord de paix ne suffit pas pour un peuple qui continue de subir un génocide ! Depuis la terre de Bolívar et Chávez, nous exigeons justice pour le peuple palestinien !