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Un peu d’histoire

Tenter de se soustraire à la mort, un impossible dilemme, mais un marché juteux

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Mise à jour le 6 mars 2026
Temps de lecture : 7 minutes

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Santé Histoire

À bord du Titanic du capitalisme mondialisé, certains s’empressent de réserver l’une des rares chaloupes de survie disponibles pour la modique somme de plusieurs dizaines de milliers de dollars, dans l’espoir que de futures avancées leur permettront de ressusciter.

On chiffre à environ 300 le nombre de dépouilles de personnes cryogénisées dans le monde, un procédé qui consiste à traiter le corps immédiatement après le décès pour lui permettre de supporter d’être congelé sans trop de dommages dans l’azote liquide.

Pour cela, on procède au remplacement des liquides physiologiques par des solutions spéciales qui empêchent la formation des cristaux de glace qui dilacéreraient les tissus.

L’immortalité version Silicon Valley

Cette technique, la cryogénie, est interdite en France, mais autorisée en Russie et aux USA. Aucune recherche n’a permis de valider le procédé et pourtant, même s’il n’y a aucune obligation de résultat, les listes s’allongent pour attendre la mort et pouvoir bénéficier de son investissement dans un cercueil à -196 degrés.

Laissons donc aux romanciers le soin d’imaginer une improbable réussite de la cryogénie : le retour à son identité, le retour à sa fortune, les réactions des héritiers, etc…

Mais intéressons-nous maintenant au transhumanisme, une autre promesse à attirer les gogos fortunés.

Le transhumanisme voudrait, en utilisant les progrès de la biologie et de l’intelligence artificielle, transformer l’homme en un transhumain, un post-humain aux capacités supérieures à celles des êtres actuels, par une amélioration de la mémoire, de l’intelligence, des capacités physiques et surtout de la longévité.

Comme le rêve d’augmenter les performances de calculs du cerveau humain ne tient pas, car un cerveau humain calcule mille fois moins vite qu’un ordinateur - le meilleur moyen ne serait-il pas de fusionner l’homme à l’ordinateur pour le soustraire au vieillissement et à la mort ?

Et c’est là qu’apparaît l’intérêt porté aux implants cérébraux, avec pour figure de proue, la personnalité d’Elon Musk qui développe, pour promouvoir les interfaces homme-machine, l’idée qu’il faut conjurer, la menace d’une intelligence artificielle devenue autonome, qui prendrait le pas sur nous.

Entre prouesse médicale et fantasme de toute-puissance

Contrairement à la légende, les premiers implants ne sont pas ceux développés par la société Neuralink, cofondée par Elon Musk. Le premier implant a été mis au point en 1961, puis commercialisé dans les années 1980 et sa fonction était de restaurer l’audition de personnes sourdes.

Mais il est indéniable que Neuralink a expérimenté son premier implant cérébral avec succès sur un patient tétraplégique en 2024. Ce patient démontrera plus tard qu’il peut déplacer, par la pensée, un curseur sur un écran d’ordinateur. Ce qui déclenchera une avalanche de fonds pour cette société et incitera les géants de la tech à être prêts à investir des milliards de dollars dans les neurotechnologies.

En attendant, Neuralink prévoit le début de la production industrielle de ses implants ainsi que la mise en place d’une procédure chirurgicale simplifiée. Son objectif est de réaliser 1000 implants sur l’année 2026, contre 12 jusqu’alors.

Emporté par son élan publicitaire, Elon Musk a aussi annoncé que son projet permettrait de soigner l’autisme et la schizophrénie, ce qui provoqua le scepticisme condescendant des sociétés savantes, car l’autisme n’est pas une maladie et ne peut être traité par un implant.

Une enquête de l’agence Reuters révèle en 2024 que Neuralink a caché certains problèmes liés à ses implants, comme des fils pouvant se détacher.

Rien ne doit être négligé car implanter une sonde ou des électrodes dans le cerveau n’est pas non plus, un geste anodin. L’intervention nécessite une anesthésie avant de percer la boîte crânienne. Et, la tolérance n’est pas garantie, comme l’absence de risque infectieux ou la parfaite localisation du matériel.

Avant la Silicon Valley, Gilgamesh

Sommes-nous trop sévères quant à l’intentionnalité du personnage ?

Peut-être que Musk n’est pas seulement l’homme d’affaires désireux de faire prospérer ses entreprises ? Peut-être est-il sincère et, comme une ribambelle de personnages riches et puissants avant lui, ne supporte-t-il pas que son incomparable intelligence puisse disparaître comme celles du commun des mortels.

« Pourquoi ne pas profiter de ma richesse et de ma notoriété pour attirer tous les cinglés de la Silicon Valley qui rêvent de greffer leur cerveau sur des ordinateurs. » «  Et, pourquoi ne serai-je pas celui qui doit survivre grâce à son intelligence ? celui dont le destin s’inscrit en marge du grand livre ? »

Remontons donc le temps pour retrouver des personnages, mythiques ou non, qui ont été confrontés à ce dilemme.

C’est grâce à la persistance des tablettes d’argile trouvées dans les sites archéologiques de la Mésopotamie que l’on a pu, en déchiffrant l’écriture cunéiforme, accéder à la légende du roi d’Uruk, le valeureux Gilgamesh.

Une légende dont on retrouve les fragments entiers dans la Bible et dans les textes d’Homère, et qui a donné lieu pendant presque deux millénaires à des traductions dans les diverses langues de l’Antiquité avant de tomber dans l’oubli.

L’Épopée de Gilgamesh est un récit épique, l’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité. La première version connue a été rédigée en akkadien dans la Babylonie du XVIIIᵉ au XVIIᵉ siècle av. J.-C.

Gilgamesh, après avoir accompli des exploits incomparables avec son ami Enkidu, le voit mourir subitement et découvre sa propre finitude. Le voilà parti au bout du monde où réside celui qui a protégé les animaux pendant le déluge et que les dieux ont rendu immortel.

Instruit par l’épouse de cet immortel, il plonge dans un lac pour acquérir la liane qui donne l’immortalité, puis se la fait voler par le serpent, avant d’admettre finalement son destin de mortel.

« Pourquoi donc rôdes-tu Gilgamesh ?

La vie sans fin que tu recherches,

tu ne la trouveras jamais !

Quand les dieux ont créé les hommes,

Ils leur ont assigné la mort,

Se réservant l’immortalité à eux seuls !

Toi, plutôt, remplis-toi la panse ;

Demeure en gaîté jour et nuit ;

Fais quotidiennement la Fête ;

Danse et amuse-toi jour et nuit ;

Accoutre-toi d’habits bien propres ;

Lave-toi, baigne-toi ;

Regarde tendrement ton petit qui te tient par la main,

Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi !

Car telle est l’unique perspective des hommes. »

Après Gilgamesh, vinrent de fabuleux mausolées, des pyramides ou, ailleurs, des milliers de soldats en terre cuite pour protéger la seconde vie d’un empereur.

Il ne restait, pour les plus modestes, que les devins et les horoscopes, les décans de l’astrologie, les sectes et leurs gourous, ou les suicides collectifs pour rejoindre Sirius.

L’éternel commerce de l’illusion

D’autres se sont contentés de chercher des remèdes contre les maladies, jusqu’à magnifier la Thériaque, une panacée venue de l’Antiquité des bords de la Mer Noire, dont la composition tomba entre les mains de l’envahisseur romain.

Cette panacée qui était censée tout guérir (peste, fièvres malignes, petite vérole, scorbut, épilepsie, apoplexie, paralysie…) fut reléguée au rang d’un charlatanisme médicinal vieillissant au profit des progrès fulgurants de la science dans le courant du XIXe siècle. Cependant, avant d’être déclassée, cette polypharmacie millénaire a bel et bien régné sur le monde médical durant des siècles, de l’Antiquité jusqu’à 1908, date à laquelle elle fut définitivement retirée de la pharmacopée française.

Reste que les vieux mythes font et feront toujours de la résistance. Ils appartiennent au fonds culturel de l’Humanité qu’il faut conserver et protéger. Mais les privilégier au détriment de la recherche scientifique, comme le font certains despotes modernes, ne fera que couper la branche où nous sommes logés.

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