Lancé en 2018 à l’occasion du centenaire de l’armistice, le Forum, voulu par le nouvellement élu Emmanuel Macron, se présentait comme une « plateforme ouverte à celles et ceux qui cherchent à développer une coordination, des règles et des compétences pour répondre aux problèmes mondiaux ».
Derrière un vernis de multilatéralisme, un vrai gadget du capitalisme mondialisé
Il suffit de parcourir les membres du conseil d’administration du Forum pour comprendre que son objet est en réalité bien éloigné du renforcement du multilatéralisme. Son Président est le mexicain Ángel Gurría, ancien secrétaire général de l’OCDE, incarnation du capitalisme mondialisé « à visage humain » et, bien entendu, fervent partisan du libre-échange sans limites. Au conseil d’administration, aux côtés du Ministère des Affaires étrangères français et de la Commission européenne, la fondation Open Society de George Soros, bien connue pour sa mobilisation en faveur des opérations de changement de régime à travers le monde, Microsoft et d’autres représentants du capitalisme dit philanthropique.
Instrumentaliser le multilatéralisme pour légitimer un brassage de vent qui promeut la « gouvernance mondiale » au détriment de la souveraineté politique des nations, l’objectif réel de ce Forum est à peine masqué. Parmi les intervenants, un réseau de think tanks, d’universités, de fondations et d’entreprises tels que la Fondation Rockefeller, Dassault, Boston Consulting Group... Derrière le discours de « coopération » et de « paix », ces acteurs forment un écosystème cohérent de gouvernance post-nationale, où la légitimité démocratique est remplacée par l’autorité de l’expertise et du capital économique.
« Des nouvelles coalitions pour la paix » avec les plus bellicistes du globe et l’arrière ban de l’impérialisme
Les nouvelles coalitions pour la paix promues par les organisateurs du forum ressemblent plus souvent à une réunion de l’OTAN qu’à une réelle plateforme multilatérale. L’équipe de choc d’intervenants désignée pour animer la conférence « bâtir la paix en Ukraine » en est une illustration particulièrement savoureuse : les ministres des Affaires étrangères d’Ukraine, de Lettonie, le ministre délégué à l’Europe du gouvernement français et un représentant de la Commission européenne.
Parmi les invités de marque que le président Macron a réussi à mobiliser, Nikol Pashinyan, président arménien, a fait l’éloge de Trump comme grand « pacificateur », Edi Rama le premier ministre albanais lui a emboîté le pas et la présidente de Macédoine du Nord, dont le pays a voté le jour même à l’ONU contre la résolution condamnant le blocus des États-Unis contre Cuba, a fait l’éloge du respect de l’État de droit et du respect du droit international.
Une offensive des « démocraties » contre la désinformation
En marge du Forum, vingt-neuf États, sous la co-présidence de la France et du Ghana, ont adopté une déclaration politique réaffirmant leur volonté de renforcer la coopération internationale « pour protéger l’intégrité de l’information et soutenir les médias indépendants », parmi les signataires des États membres de l’UE, deux pays africains (Ghana et Sierra Leone), trois pays du continent américain (Chili, Brésil, Uruguay), la Moldavie ou l’Ukraine. Ironique lorsque l’on mesure l’ampleur des attaques récentes à la liberté d’expression et d’informer dans ces deux derniers États. En réalité, cette offensive de Macron contre la désinformation et les « ingérences étrangères » — qui sont au demeurant des enjeux réels, lorsque traités correctement — n’est qu’une nouvelle pièce du narratif visant à décrédibiliser toute alternative au modèle libéral et euro-atlantiste.
L’avatar de toutes les tares de la politique étrangère d’un macronisme finissant
Inutile de s’infliger le visionnage de l’ensemble des interventions creuses de ces deux jours de programme indigeste pour comprendre que l’unique utilité de ce Forum de Paris pour la Paix est d’être un témoignage vivant permettant de comprendre la déliquescence de la politique étrangère de la France sous la direction des macronistes, à travers des tendances récurrentes :
- Le culte des grands évènements et conférences où la parole est abondante mais les actes aux abonnés absents ;
- Le double discours : ne parler de multilatéralisme qu’avec ses alliés ; promouvoir la souveraineté contre les ingérences tout en bradant la souveraineté de la France aux institutions européennes et au capital américain ; appeler au respect du droit international en continuant de fournir des armes à Israël, appeler à la paix en soufflant sur les braises du conflit russo-ukrainien… ;
- L’instrumentalisation de la lutte contre le changement climatique ou contre les inégalités pour promouvoir une « gouvernance mondiale » sous l’égide du capitalisme mondialisé ;
- La confusion permanente des genres entre personnel politique, multinationales, think tanks et ONG. Un pluralisme d’apparence qui illustre en réalité l’ampleur de la chape de plomb de la pensée unique qui pèse sur notre diplomatie ;
- Le resserrement diplomatique en faveur des impérialistes ou de leurs vassaux ;
- La déconnexion totale avec le réel : parler de paix en Ukraine entre promoteurs d’une guerre perpétuelle, parler de manipulation des médias avec Qatar Media, TF1 et RSF, inviter Mme Tikhanovskaïa, qui ne représente qu’elle-même, en tant que représentante de la Biélorussie…
Les initiatives internationales d’Emmanuel Macron ne trompent plus personne, elles ne font plus que traduire l’isolement croissant d’un Occident qui se croit encore prescripteur. Il serait possible d’en rire si tout cela ne salissait pas profondément et durablement l’image de la France dans le monde.