« Faire l’analyse concrète d’une situation concrète » reviendrait-il à faire du cas-par-cas et, d’une même main, à balayer ce qui relie les différents conflits ? Qu’il n’en déplaise, l’Iran, Cuba, le Venezuela et bien d’autres nations participent d’un même mouvement. Disons plutôt qu’elles partagent les mêmes torts. Elles refusent des règles qui leur sont imposées sans avoir jamais été consultées. Elles contestent des mécanismes qui leur sont parfaitement défavorables. Elles exigent, excusez du peu, que soit respectée leur souveraineté.
Leurs crimes de lèse-majesté sont de différentes natures. Certains ont nationalisé leurs ressources, d’autres ont choisi de commercer comme bon leur semblait. L’embargo pour les uns, les bombes pour les autres. D’ailleurs, Washington se fiche bien des « régimes » en place dès lors qu’ils s’inscrivent dans ses intérêts.
Plus encore, ces pays aux pouvoirs pourtant très différents s’accordent sur un point : cela ne peut plus durer ainsi. Sans développer davantage ce que nous traitons déjà quotidiennement dans les colonnes de Liberté Actus, les exemples ne manquent pas. Les circuits financiers contrôlés par les États-Unis, leur quasi-monopole aujourd’hui contesté sur certains marchés stratégiques comme les céréales ou le transport maritime, sans oublier les institutions internationales comme la Banque mondiale ou le FMI.
Autant de cartes aux mains d’une poignée de pays – la « communauté internationale », disent certains – qui n’hésitent pas à en jouer, en dépit de toutes les règles du droit international.
On oppose sans vergogne la légitimité à la légalité. Mais qui décide de la légitimité d’une frappe préventive ? Qui décide de ce qui relève d’une noble cause ou non ? Le plus fort et sa morale. C’est précisément pour sortir de cette logique qu’existe le droit international.
Coupés de toute perspective de développement dans un cadre « normal », ces pays s’organisent. Et ils représentent, faut-il le rappeler, la majorité du monde. Leurs intérêts ne convergent pas toujours, c’est vrai. Et alors ? L’Inde paie le pétrole russe en yuan. Moscou et La Havane créent une coentreprise biopharmaceutique. L’Iran accélère ses échanges avec le continent africain. Partout, les initiatives de ce type se multiplient.
Ce n’est pas un hasard si Miguel Díaz-Canel, président de la République de Cuba, écrivait à la mort d’Ali Khamenei qu’« on se souviendra de lui comme de l’éminent homme d’État qui a contribué de manière décisive au développement et à la consolidation des relations d’amitié et de coopération entre nos pays ». Qui oserait assimiler le dirigeant cubain à un mollah iranien ? Personne, espérons-le. Cela n’empêche pourtant pas La Havane et Téhéran de coopérer étroitement.
Et Díaz-Canel, à la tête d’un pays sous embargo depuis plus de soixante ans, sait parfaitement qu’une destruction de l’Iran par les États-Unis ne ferait que refermer un peu plus l’étau autour de pays comme le sien. On ne peut pas ignorer cela.
Pour le reste, écoutons Avicenne, philosophe et médecin iranien du Moyen Âge. « Quand un œuf se brise de l’extérieur, une vie s’achève. Quand il se brise de l’intérieur, une vie commence. »