Un « acte d’antisémitisme maléfique ». Ainsi le Premier ministre australien, Anthony Albanese, qualifie-t-il le drame qui a frappé la communauté juive, à Sydney. C’est un fait que l’on se doit de regarder bien en face, une des horreurs qui caractérise notre époque : l’antisémitisme décomplexé s’impose à nouveau et frappe partout où il le peut. Les hommes qui ont ouvert le feu et qui ont tué à Sydney l’ont fait contre des personnes juives parce qu’elles sont juives.
En l’occurrence, les deux terroristes - c’est bien ainsi qu’il convient de les appeler - nourrissaient des liens avec l’État islamique (Daech), qui n’est pas mort. Les services australiens avaient repéré l’un d’eux à ce sujet. Un drapeau de l’organisation terroriste a même été retrouvé dans le véhicule des assassins. La guerre que veut mener l’Occident contre les islamistes, au Moyen-Orient comme en Afrique, est loin d’aboutir.
Précisément, si l’ombre de l’État islamique plane sur le drame de Sydney, c’est bien que la référence au conflit israélo-palestinien n’est pas la plus pertinente ici. Pourtant, les polémiques n’ont pas tardé à jaillir. Ainsi, le Premier ministre et chef de guerre israélien, Benyamin Netanyahou n’a-t-il pas hésité à s’en prendre au gouvernement australien parce que ce dernier a récemment reconnu l’État de Palestine (comme l’ont fait d’autres, dont la France). Pour lui, c’était une façon de « jeter de l’huile sur le feu de l’antisémitisme ».
En France, c’est la ministre Aurore Bergé qui a honteusement profité de l’occasion pour désigner un parti politique de gauche dont beaucoup se complaisent à dire qu’il est « passionnément antisémite ». Pour elle, dénoncer un génocide à Gaza revient à armer le bras des antisémites et donc celui des tueurs australiens. C’est une ignominie. Le sort des victimes de la tuerie de la plage de Bondi et des familles n’est vraisemblablement pas ce qui préoccupe prioritairement les défenseurs de l’actuel pouvoir israélien.
Il y a pourtant de quoi faire. Selon une enquête menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (le FRA, basé à Vienne), 96% des personnes sondées en 2023, dans 13 États européens, auraient été confrontés à l’antisémitisme en ligne ou dans leur quotidien dans les douze mois précédant le questionnaire. En France, 83% de juifs affirment sentir leur peur monter et cacher occasionnellement leur appartenance religieuse ou culturelle.
La situation en Palestine et l’action disproportionnée de l’armée israélienne à Gaza après le pogrom de septembre 2023, l’attitude des colons de Cisjordanie, les frappes opérées sur les États voisins ont bien sûr ravivé l’antisémitisme partout dans le monde. Il faut le combattre avec force sans pour autant exonérer le pouvoir israélien de ses crimes de guerre.
Objectif particulièrement difficile. Mais le drame de Sydney montre, une fois encore, que la résurgence de l’antisémitisme trouve ses racines bien au-delà du conflit au Proche-Orient.