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Frederic Legrand - COMEO/shutterstock
L’école publique salie

Des élèves interdits de chanter Lavilliers en soutien aux salariés d’une aciérie promise à la fermeture

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Mise à jour le 27 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Industrie École Emploi

L’on apprenait cette semaine qu’une inspectrice de l’Allier, soutenue par sa hiérarchie, a refusé au nom d’on ne sait quoi, de la neutralité, voire de la laïcité – on ne comprend pas bien ce que celle-ci a à avoir là-dedans – que des enfants d’école primaire chantent pour leurs parents métallos bientôt jetés au chômage Les mains d’or du poète-interprète, Bernard Lavilliers.

Par Alcide Carton, Inspecteur Honoraire de l’Éducation Nationale, Commandeur des Palmes Académiques

Disons d’abord, comme le démontrent les historiens Johann Chapoutot et Pierre Serna : voilà un bel exemple de l’extrême-centre en action. Il devient même inquiétant que des fonctionnaires deviennent à ce point si serviles ; qu’ils aient à ce point perdu tout recul critique face aux injonctions de leur hiérarchie bien ignorante des fondamentaux de l’action pédagogique et des missions historiques de l’école publique.

Faut-il rappeler ici que les corps d’inspection de l’éducation nationale furent « inventés » vers 1793 par Condorcet et les révolutionnaires Le Pelletier de Saint-Fargeau et Bouquier, pour veiller à l’indépendance de l’École vis-à-vis des pouvoirs quels qu’ils fussent et que celle-ci soit en phase avec les citoyens et le contexte social, géographique dans lequel elle se trouvait.

Y a-t-il quelque chose de plus inhumain, d’invraisemblable pédagogiquement, que de priver des enfants de travailleurs de chanter en soutien à leurs parents et ainsi d’apprendre concrètement à quoi sert l’instruction civique ? Eh bien, voilà donc ce que l’Inspection d’Académie de l’Allier, soutenue sans aucun doute possible par le Ministère extrême-centriste, s’est permis. Ces mêmes rectorats ne sont pas si prompts à contrôler ce qui se chante dans certains établissements catholiques sous et hors contrat.

Auraient-ils oublié que la déclaration des droits de l’Homme est obligatoirement affichée aux portes des classes et qu’il y est inscrit dans son article 2 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression », et ainsi que son article 3 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément », et que cela doit s’apprendre et se vivre à l’école même, sinon elle n’est déjà plus républicaine.

En 2003, le 17 janvier, les « patrons voyous – ainsi Chirac lui-même les qualifia-t-il - » décidaient de fermer Metaleurop et jetaient 850 salariés à la rue. Avec l’Œuvre des Pupilles de l’Enseignement Public, j’entrepris de mobiliser les écoles de ma circonscription pour chanter en avant-première de Madame Isabelle Aubret pour un concert dont les bénéfices serviraient à permettre aux enfants des travailleurs jetés à la rue de profiter de 15 jours de vacances.

300 enfants, autant que pouvait tenir la scène, entonnèrent avec l’artiste C’est beau la vie et Excusez-moi (musique de Jean Ferrat, paroles de Delécluse). Une inconnue est venue à ma rencontre à l’issue du spectacle me dire combien ces mots l’avaient touchée et m’a demandé si les enseignants pourraient relayer le message d’Isabelle et apprendre aux enfants à écouter et aimer de « beaux textes ». Comme je lui demandais qui elle était, elle répondit : « C’est sans importance. Disons une spectatrice bouleversée qui pense que Madame Isabelle Aubret a fait là un bien beau cadeau aux métallos et à leurs enfants. Mais que vont-ils devenir ? Bonsoir et merci. »

Là-haut, on s’est bien gardé d’interdire quoi que ce soit. Je fus même remercié pour mon initiative qui, me dit-on, « était à l’honneur de l’École Publique et de ses valeurs et qu’ainsi je la grandissais aux yeux des familles. (sic) »

Il aurait fait bon de m’interdire quoi que ce soit ! D’abord parce que ma conscience morale et mon sens du service public ne l’auraient pas accepté et qu’ensuite, soyons clairs, il y aurait eu beaucoup de bruit sous les fenêtres du rectorat et dans la presse.

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