L’opération du 3 janvier contre le Venezuela relève de la pantalonnade. Certes, un commando d’élite a pu enlever le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, cela relève néanmoins de méthodes de gangster, mafieuses : le rapt !
À peine le commando rentré aux États-Unis, laissant intact le pouvoir bolivarien à Caracas, Trump a menacé l’Iran. Jusqu’à maintenant, c’est une menace en l’air. Toute une « élite » occidentale était pourtant prête à applaudir.
Faute de grives, on mange des merles : après l’Iran, Trump se (re)tourne vers le Groenland. Il y dispose de bases militaires. Il veut le pays entier.
Depuis des décennies, les États-Unis dirigent l’OTAN et s’en servent à loisir. Depuis des mois, Trump humilie ses alliés historiques : l’Europe de l’OTAN et de l’UE.
L’impérialisme américain étale sa faiblesse. Comme une bête sauvage blessée, il hurle ; il peut mordre ; il peut tuer encore. Il est perdu au point de vouloir dévorer ses enfants : droits de douane ; injonctions à multiplier les budgets de guerre, à investir en Amérique, à lui acheter des armes…
C’est facile, l’Europe, américanisée avec soin depuis 1945, se couche. Si Trump prend réellement le Groenland, il est tout à parier qu’elle se couchera encore.
L’impérialisme domine le monde depuis des siècles. Il s’est enrichi aux dépens des peuples à travers le pillage colonial, les croisières de rapines, les croisades au nom des « droits de l’homme ».
En un peu moins de cent ans, de 1898 à 1994, le gouvernement américain est intervenu avec succès pour changer de gouvernement en Amérique latine au moins 41 fois au total, avec une intervention directe dans 17 des 41 cas. Cette fois, par un acte de brigandage, il n’a pu que kidnapper le président vénézuélien.
L’impérialisme a voulu « endiguer », d’abord la jeune République des Soviets, puis le communisme où qu’il puisse apparaitre : en Chine, en Corée, en Afrique, en Amérique latine, puis le « Tiers monde ». Il n’a rien « endigué ». Et c’est lui qui est endigué. Comme l’écrivait Bertolt Brecht « On dit d’un fleuve qu’il est violent parce qu’il emporte tout sur son passage, mais nul ne taxe de violence les rives qui l’enserrent ».
L’URSS a disparu et c’est, comme l’a dit Vladimir Poutine « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle », mais le « camp » anti impérialiste est toujours là. Mieux : il s’est spectaculairement renforcé. Et chaque fois que les impérialistes s’agitent, ils le renforcent encore. C’est un peu comme s’ils se tiraient une balle dans le pied.
Moscou, Pékin, les BRICS+, l’OCS représentent pour les peuples une alternative concrète, une chance d’échapper au colonialisme ou au néocolonialisme, à un assistanat sous condition, à un chantage permanent et criminel : sanctions, embargos, « révolutions de couleur » etc.
La Russie de Poutine, en réaffirmant sa souveraineté après le chaos des années 1990, a démontré qu’un État pouvait résister à l’encerclement militaire et économique occidental. La Chine de Xi Jinping, par les Nouvelles Routes de la Soie lancées en 2013, a construit une infrastructure mondiale fondée sur l’interconnexion plutôt que la soumission militaire.
Les BRICS, élargis depuis 2023, incarnent une transition historique : un monde où Washington ne dicte plus seul les règles, où le dollar cesse progressivement d’être l’arme absolue, où la souveraineté redevient un principe opérationnel.
Fondés en 2009 par le Brésil, l’Inde, la Russie et la Chine, rejoints en 2011 par l’Afrique du Sud, les BRICS ont connu une extension en janvier 2024 – deux ans après le début de l’Opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine. L’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Iran ont rejoint le groupe. L’Indonésie a suivi en 2025.
Ces élargissements ont renforcé le poids des BRICS. Ils représentent désormais près de la moitié de la population et plus du quart du PIB mondial (en dollar courant). Sur la scène énergétique également, leurs capacités cumulées les rendent incontournables des secteurs de production pétro-gazière ou de minerais.
La guerre par procuration que l’OTAN mène contre la Russie en Ukraine, le génocide de Gaza et l’indulgence de l’Occident à l’égard d’Israël, quand il n’en est pas directement complice, les bombardements sur l’Iran et aujourd’hui le kidnapping de Maduro indignent profondément le « Sud global ».
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’en faisait l’écho en août 2024, lors d’une conférence de presse : « Il me faut être direct et honnête, le monde ne traite pas la race humaine de la même façon. Certains sont plus égaux que d’autres ».
« Les pays du Sud, écrit Niclas Baverez, essayiste au néolibéralisme revendiqué et assumé, ont considéré que l’agression russe était un conflit européen qui leur était étranger et se sont alignés sur la position de Moscou, imputant à l’Otan la responsabilité politique de la guerre et aux sanctions la crise énergétique et alimentaire. Le clivage entre le Sud et l’Ouest s’est amplifié avec la guerre de Gaza, Israël étant considéré comme la pointe la plus avancée de l’Occident en même temps que le parangon du colonialisme ». (Revue RDN n° 866 janvier 2024).
Une Russie qui gagne en Ukraine ; une Chine qui impose le respect ; un « Sud global » solidaire et omniprésent. Et un « Occident global » impotent. Sic transit gloria Mundi [1]