Il avait exercé le professorat puis, pour assouvir une passion d’écriture qui ne le quittera pas, il avait pris la plume dès 1985. Romans, essais, bandes dessinées, livres pour la jeunesse, enquêtes, recueils, anthologies et critiques littéraires émaillent un parcours exigeant. Exigeant, Roger Martin l’était en écriture, mais aussi en politique. Membre du Parti communiste français, il était un bretteur redoutable, un homme de persuasion car convaincu de la justesse de ses combats pour une émancipation humaine et pour un monde libéré du fléau capitaliste. Il se décrivait ainsi : Militant communiste, spécialiste du Roman noir américain et de l’ultra droite, il ne sépare pas ses idées (rouges) de ses écrits (noirs) et considère que le thriller est au Roman noir ce que Gladiator (sic) est à Spartacus.
R. Martin était spécialiste du roman noir américain et avait un savoir encyclopédique sur ce genre. Il avait d’ailleurs récemment contribué à la redécouverte de Len Zinberg, alias Ed Lacy, ce qui lui valut le prix littéraire Maurice Regnaut. Ce n’est pas un hasard que Roger Martin se soit intéressé à L. Zinberg : cet auteur avait tout contre lui dans l’Amérique de Mac McCarthy, juif, communiste, marié à une femme noire… et modeste facteur. Il a créé le premier détective privé noir de la littérature américaine. Toutes ces qualités en faisaient un paria et R. Martin était toujours de leur côté, du côté des petits, des obscurs, de ceux qui ne sont rien. En cela R. Martin était non seulement un homme d’écriture mais aussi d’engagements, la conscience de classe rivée à son esprit.
Sa fine connaissance du Ku Klux Klan et du suprématisme américain faisait de lui un homme des plus conscients du risque de l’avènement d’un ordre noir.
Cette année, j’ai eu l’honneur de l’interviewer les 5 et 6 janvier à Pernes (84) où il résidait. Le journal Liberté Actus m’avait sollicité pour cela. Quelle rencontre ! Certes l’affection qui nous unissait, aidait mais nos passions littéraires, nos convictions, nos projets formaient un ciment peu ordinaire. J’apprenais à ses côtés ! Nous avons rédigé un texte où chaque mot était pesé, ciselé, car outre sa culture, il était précis sur le vocabulaire, la phraséologie et la grammaire. Foin d’à peu près, il était exigeant aussi dans la représentation qu’il donnait de lui. Stylo noir et chemisette blanche était sa tenue lors de rencontres avec le public, un public qu’il aimait. Et comme d’habitude sous ses aspects bourrus, il était délicieux d’amitié, de fraternité et d’humour. Avec ses phrases, il était capable de vous émouvoir intensément, comme il était capable de clouer au pilori ceux qu’il combattait politiquement ou humainement.
Je pense à sa famille, ses proches, ses camarades ; une partie d’eux s’en est allée.
Je laisse à Roger Martin le mot de sa fin, un poème d’Yves Boulongne (Matricule 21 658 Buchenwald) inséré en conclusion de son roman récemment réédité, Dernier convoi pour Buchenwald :
Maintenant la lutte nous a scellés
Patiemment nous avons vécu
Patiemment nous avons œuvré.
Déjà un gazon d’aube
Descelle les ruines…
La littérature perd une pleine plume, je perds un ami.
Philippe Pivion