À Belém, au cœur de l’Amazonie, la COP30 s’est ouverte dans un climat lourd de contradictions. Sur le papier, la conférence devait renouer avec « l’esprit de Rio » — celui d’un multilatéralisme fondé sur la solidarité entre peuples. En réalité, elle révèle surtout l’épuisement d’un modèle de gouvernance climatique où les promesses se succèdent sans jamais se traduire en moyens réels.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon un rapport de l’ONU, les pays en développement auront besoin de 310 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour s’adapter aux effets du réchauffement. Or, le financement privé ne représente aujourd’hui que 3 % de ces efforts. Les banques de développement annoncent 26 milliards de dollars pour l’an dernier : une goutte d’eau dans un océan de besoins. Pendant ce temps, les catastrophes se multiplient — typhons en Asie, ouragans en Jamaïque, inondations au Brésil — détruisant des années de travail et d’infrastructures en quelques heures.
L’adaptation, parent pauvre du climat
Longtemps reléguée derrière la réduction des émissions, l’adaptation devient le terrain de lutte central. Car l’échec des politiques de transition rend la crise inévitable : il ne s’agit plus seulement de prévenir, mais de vivre avec. Des fonds des Nations unies préparent l’émission d’obligations pour financer la surveillance météorologique, tandis que Berlin et Madrid annoncent 100 millions de dollars pour un nouveau mécanisme d’investissement. Mais ces annonces, dispersées, traduisent une absence de stratégie globale.
Le contraste est saisissant entre la gravité des dégâts et la légèreté des engagements. Au Vietnam, un seul typhon coûte 300 millions de dollars. En Jamaïque, les pertes représentent un tiers du PIB. Et pendant que les populations reconstruisent à mains nues, la spéculation verte bat son plein dans les marchés du carbone.
Un multilatéralisme fissuré
Politiquement, la COP30 illustre un monde en recomposition. Le Brésil, hôte du sommet, tente d’imposer un agenda plus concret autour de la déforestation et de la justice climatique. L’Allemagne plaide pour une réduction accélérée des combustibles fossiles, tandis que les États-Unis brillent par leur absence — Donald Trump ayant de nouveau qualifié le climat de « canular ». Dans ce vide diplomatique, la Chine et l’Inde, avec d’autres pays du Sud, affirment leurs priorités : adaptation, transfert technologique et souveraineté sur les ressources naturelles.
Sur le terrain, les peuples autochtones, venus par bateau jusqu’à Belém, rappellent que la lutte contre le dérèglement climatique ne peut être séparée de la défense de leurs territoires, menacés par les industries extractives. « Ce sont nos forêts, nos rivières et nos vies qui brûlent », a résumé un délégué péruvien.
L’écart grandissant entre science et politique
La dernière analyse de l’ONU confirme l’ampleur du décalage. Les engagements actuels ne réduiraient les émissions que de 12 % d’ici 2035, loin des 60 % nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Autrement dit, la trajectoire reste celle annoncée.
Face à cette réalité, le discours du président brésilien Lula résonne comme un avertissement : « Il est temps d’infliger une nouvelle défaite aux climatosceptiques. » Mais au-delà des mots, la question demeure : comment affronter une crise planétaire quand les mécanismes de solidarité se sont transformés en instruments financiers ?
La COP30, en redonnant une place centrale à l’adaptation, réaffirme de fait l’urgence d’une solidarité internationale et de coopérations dans le respect de la souveraineté des nations avec, comme premier principe, que la lutte contre le changement climatique est dans l’intérêt mutuel à tous les peuples.