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Frederic Legrand - COMEO/shutterstock
Nucléaire

Chaînes de valeur, SMR, uranium. Ce que Paris et Pékin veulent bâtir

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Mise à jour le 19 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Chine Nucléaire Énergie

La visite de Macron en Chine aura au moins rappelé un certain nombre de choses. Dans le nucléaire civil, la coopération franco-chinoise est nécessaire, à tel point qu’elle est qualifiée par les deux pays d’élément « essentiel du partenariat stratégique global franco-chinois. »

Bien sûr, cette coopération s’inscrit aussi dans un paysage où l’équilibre penche désormais du côté de Pékin. Les déclarations conjointes publiées à l’issue de la rencontre rappellent l’importance du nucléaire dans la lutte contre le réchauffement et la sécurité énergétique, mais elles disent surtout autre chose. La Chine ne se contente plus de construire des centrales. Elle structure la filière mondiale mais ne compte pas se couper du savoir-faire français. Win-Win.

Innovation, chaînes de valeur et nouveaux terrains de jeu

Les deux pays saluent leurs collaborations historiques mais ce sont les domaines d’avenir qui retiennent l’attention. Réacteurs de troisième génération, prolongation de durée de vie des centrales, démantèlement, gestion des déchets, autant de sujets sur lesquels Pékin avance vite et où la France cherche à maintenir son rang. Signe des temps, les discussions portent désormais sur l’innovation et les chaînes de valeur, pas sur de simples échanges d’expérience.

L’essor des petits réacteurs modulaires, la digitalisation et l’automatisation des procédés, l’usage de l’intelligence artificielle dans la sûreté, tout cela devient un terrain de concurrence autant que de coopération.

La question des chaînes d’approvisionnement revient aussi au premier plan. Combustible, équipements lourds, ressources en uranium, tout ce qui fait la colonne vertébrale d’une filière nucléaire sûre et durable devient un enjeu partagé. Les deux pays annoncent vouloir travailler ensemble sur cette stabilité, signe que chacun voit bien les fragilités du marché mondial.

La Chine dispose déjà d’une industrie intégrée qui lui donne de la marge, la France garde des savoir-faire stratégiques et une expérience unique dans le cycle du combustible. Pour autant, aucun acteur ne peut garantir seul la résilience complète de la chaîne nucléaire. Là aussi, c’est gagnant-gagnant.

Vers le triplement des capacités nucléaires d’ici à 2050

Reste le grand projet ITER, symbole d’une coopération scientifique mondiale qui survit et se développe malgré les tensions commerciales. Les deux pays promettent de renforcer leur participation. Disons que, depuis quelques temps déjà, les recherches sont largement tirées par Paris et Pékin.

Et là encore, la Chine voit loin. Elle considère la fusion comme une « option centrale pour l’avenir énergétique de l’humanité », au même titre que le triplement des capacités nucléaires mondiales d’ici 2050, objectif préconisé par Paris, qu’elle a officiellement adopté.

La seconde déclaration, dédiée au climat, place le nucléaire au cœur d’une transition que les deux pays jugent impossible sans une production massive d’électricité décarbonée. Les deux capitales affichent une solidarité (gageons qu’elle ne soit pas de façade dans ce domaine) mais chacun sait que la Chine avance avec une cohérence industrielle que la France n’a plus. Augmentation de la capacité nucléaire, maîtrise de l’amont et de l’aval, innovations, coopération avec les pays du Sud, autant de leviers qui consolident son rôle de puissance énergétique.

Cette séquence diplomatique aura donc confirmé que la coopération franco-chinoise dans le nucléaire ne disparaîtra pas. Elle s’intensifie même, parce que le monde de l’énergie se recompose à toute vitesse. Reste à savoir si la France saura retrouver une stratégie industrielle capable de lui donner un rôle véritable dans cette nouvelle étape de l’histoire du nucléaire civil.

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