Ce ralentissement n’est pas un accident conjoncturel. Il s’inscrit dans une tendance plus lourde. après des baisses plus marquées en 2022 et 2023, le mouvement s’essouffle. La France, comme d’autres économies européennes, décélère au moment même où les signaux d’alerte climatique se multiplient : records de chaleur, événements extrêmes plus fréquents, coûts humains et financiers en hausse.
Des secteurs clés à l’arrêt
Les retards sont désormais bien identifiés. Les transports, les bâtiments et l’énergie concentrent l’essentiel du décrochage. Autrement dit, les secteurs du quotidien, ceux qui touchent à l’organisation du territoire, au logement, aux mobilités, à l’aménagement industriel. Là où les choix politiques sont déterminants, les décisions structurantes manquent.
La baisse constatée dans l’industrie, souvent mise en avant, mérite d’être regardée de près. Elle s’explique largement par le recuel de l’activité, notamment dans la chimie, la métallurgie ou la production de ciment. Autrement dit, moins d’émissions parce que l’on produit moins. Une « décarbonation » par l’affaiblissement industriel, socialement coûteuse et stratégiquement dangereuse.
Dans l’agriculture, la diminution est en partie liée à la réduction du cheptel bovin, sans transformation structurelle du modèle. Côté bâtiments, les progrès restent marginaux, tributaires des variations de consommation de gaz et de fioul, bien loin des besoins réels de rénovation massive.
Une volonté politique qui s’érode
Le constat est désormais partagé par de nombreux experts : la France n’est pas sur la bonne trajectoire pour atteindre ses objectifs de 2030, encore moins ceux de 2050. Les efforts demandés supposeraient une baisse annuelle bien plus rapide que celle observée aujourd’hui.
Après les appels à la sobriété énergétique liés à la guerre en Ukraine, l’action publique semble marquer le pas. Sortir réellement des énergies fossiles, transformer les mobilités, engager une rénovation thermique à grande échelle : autant de chantiers laissés en suspens.
Derrière les chiffres, une autre réalité s’impose. Sans planification, sans investissement public massif, sans réindustrialisation pensée avec l’exigence climatique, la transition restera un slogan. Le climat, lui, n’attend pas.