Officiellement, la direction pointe l’augmentation massive des importations à bas prix et appelle Bruxelles à renforcer ses mesures de défense commerciale. Le refrain est connu. Trop connu. À force d’être martelé, il finit par masquer l’essentiel.
Car la première difficulté est ailleurs. Elle tient au coût de l’électricité, devenu insoutenable pour des aciéries électriques pourtant présentées comme l’avenir « vert » de la sidérurgie européenne. Depuis les sanctions contre la Russie et la désorganisation du marché énergétique, produire de l’acier par fusion électrique coûte parfois plus cher que d’en importer. Une aberration stratégique, fruit de choix politiques assumés. Cela concerne particulièrement le site de Gelsenkirchen.
Vite, un nouveau laminoir
À cela s’ajoute un problème plus ancien, plus structurel. Celui de l’investissement. À Isbergues, les salariés alertent depuis des années sur l’état du laminoir à froid, véritable poumon du site. Un équipement vieillissant, bridé, arrivé en bout de course. Un nouveau laminoir représenterait un investissement lourd, certes, mais un investissement industriel, productif, amortissable sur plusieurs décennies, à la hauteur des besoins énergétiques européens à venir. Or rien ne vient.
Nous vous en parlions : Les travailleurs de ThyssenKrupp veulent un nouveau laminoir
Pendant ce temps, les sites tournent à mi-capacité, s’arrêtent, redémarrent sous perfusion d’activité partielle. Et l’on craint déjà des suppressions massives d’emplois à l’horizon 2030. Comme si la fermeture devenait une variable d’ajustement ordinaire.
Le paradoxe est cruel. Le gouvernement proclame la souveraineté énergétique, la décarbonation, la réindustrialisation, mais il laisse s’asphyxier les outils industriels qui rendent ces objectifs matériellement possibles. Sans électricité abordable. Sans plan d’investissement cohérent. Sans protection réelle des capacités productives existantes.
À Gelsenkirchen comme à Isbergues, ce ne sont pas seulement 1 200 emplois qui sont en jeu. C’est la capacité de l’Europe à produire ce dont elle a besoin. Continuer ainsi, c’est accepter que la transition énergétique se fasse sans industrie, sans ouvriers, et bientôt sans acier européen.