La plainte, déposée ce mois-ci devant le tribunal de Milan par les commissaires nommés par Rome, s’appuie sur un audit judiciaire réalisé après la reprise en main publique du site début 2024. Selon ce document, les difficultés d’Acciaierie d’Italia ne relèveraient ni d’erreurs isolées ni d’un simple retournement conjoncturel, mais d’un « plan cohérent, structuré et de long terme » visant à transférer les ressources de l’usine vers la maison mère.
Une stratégie industrielle sous le feu judiciaire
Les administrateurs d’Acciaierie d’Italia, ex-ILVA, évoquent une politique menée entre 2018 et 2024 ayant systématiquement déséquilibré les finances de l’entreprise. Résultat : une dette massive, l’incapacité à honorer les factures d’énergie ou les paiements aux fournisseurs, et une production fragilisée dans un contexte déjà tendu pour la sidérurgie européenne.
Le gouvernement italien, actionnaire minoritaire à hauteur de 38 % avant la mise sous administration publique, reproche à ArcelorMittal d’avoir refusé d’injecter les fonds nécessaires à la survie du site, tout en conservant le contrôle stratégique. Une accusation explosive, alors même que le groupe avait racheté ILVA en 2017 pour 1,8 milliard d’euros, avec la promesse d’investir massivement et de préserver les emplois des 8 000 salariés de Tarente.
Le dossier ILVA est devenu emblématique des impasses industrielles européennes. La fermeture du site aurait des conséquences immenses sur l’ensemble du tissu manufacturier italien, tandis que sa survie suppose des investissements colossaux dans un contexte de coûts énergétiques élevés et de demande incertaine.
Rome cherche désormais un repreneur capable de reprendre l’intégralité des actifs. À Tarente, l’État italien semble décidé à faire de ce procès un précédent.