Bonpertuis n’est pas un cas isolé. Elle rejoint la longue liste des aciéries, fonderies et usines de transformation qui ferment les unes après les autres, laissant derrière elles des territoires meurtris. Dans cette usine, on forgeait encore des aciers spéciaux pour l’énergie, le ferroviaire ou l’automobile. Rien d’obsolète : un outil moderne, des équipes qualifiées, une vraie valeur ajoutée. Mais face à la flambée des coûts de l’énergie, aux marchés financiarisés et à l’absence de stratégie nationale, le couperet est tombé.
Des milliards d’aides, mais des usines qui meurent
Pendant que Bruxelles impose sa « concurrence libre et non faussée », Paris distribue chaque année 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises. Et pourtant, l’hécatombe continue. Où passe cet argent ? Pas dans les ateliers, ni dans les salaires, ni dans la formation. Ces milliards partent dans les dividendes, les rachats d’actions, les délocalisations. Le capital privé, nourri par l’argent public, démantèle ce qu’il prétend sauver.
L’Union européenne et le gouvernement français parlent désormais d’ « économie de guerre ». Ils prétendent réarmer l’Europe, renforcer son autonomie stratégique. Mais quelle autonomie quand on laisse mourir nos aciers, nos forges, nos usines ? Quand la sidérurgie, colonne vertébrale de toute souveraineté industrielle, est livrée aux fonds d’investissement et aux marchés mondiaux ? L’économie de guerre qu’ils vantent n’est pas celle du travail et de la production, mais celle des profits spéculatifs et des marchés d’armement. C’est un capitalisme qui sacrifie l’industrie réelle au nom du rendement immédiat.
La disparition de Bonpertuis pose une question essentielle : qui doit diriger l’économie ? Peut-on encore laisser les grands moyens de production stratégique – acier, énergie, transport, chimie – aux seules mains du privé ? Ou faut-il les soustraire à la logique du profit pour les placer sous contrôle public et démocratique ? Puisque très peu de parlementaires font des propositions en ce sens hormis les élus du PCF, les travailleurs ne doivent-ils pas politiser leurs luttes pour exiger une appropriation sociale des entreprises stratégiques ?
Reprendre la main sur l’industrie
Un contrôle strict de l’argent public est indispensable. Chaque euro d’aide doit correspondre à un emploi, à un investissement productif, à un engagement territorial. Mais cela ne suffira pas. Sans planification industrielle nationale par filière, sans vision à long terme, les milliards continueront de se dissoudre dans les bilans comptables des groupes financiers.
La renaissance industrielle française passera par une appropriation populaire des moyens de production : pour que les usines appartiennent à ceux qui y travaillent, pour que les richesses créées servent l’intérêt général et non les actionnaires. Bonpertuis, ce n’est pas seulement une usine qui ferme. C’est un avertissement. Si nous ne reprenons pas la main, c’est tout notre avenir industriel et social qui fondra comme l’acier au feu infernal du capital.