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Tarn

Fermeture du moulin du Dadou, un scandale social orchestré dans l’ombre

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Mise à jour le 28 novembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Agroalimentaire Emploi

À Saint-Genest-de-Contest, dans le Tarn, le Moulin du Dadou vit ses dernières semaines. Ce site de meunerie, l’un des plus performants de France, va être fermé en janvier 2026. Pour les salariés, cette décision n’a aucun sens économique et reflète une dérive inquiétante du groupe qui le possède : InVivo, géant européen de l’agroalimentaire.

Les salariés se sont mis en grève le 17 novembre après avoir appris brutalement que leur moulin serait démantelé. Aucun dialogue préalable, aucune concertation. Jusqu’au jour de l’annonce, rien ne laissait présager une telle décision.

Le choc est d’autant plus violent que le moulin est décrit comme rentable, avec une activité soutenue et reconnue.

Un site performant… condamné sans motif

Le Moulin du Dadou emploie une trentaine de salariés. Il fonctionne, produit, et n’a jamais été présenté comme déficitaire.

Lors de la réunion où la fermeture est annoncée, la direction ne fournit aucune justification économique. Pas de baisse de commandes, pas de difficultés financières, pas de problème technique. Pire encore : aucune recherche de repreneur. Le site serait simplement vidé et laissé en friche.

Cette absence totale de rationalité a mis le feu aux poudres. Les salariés, qui ne contestent ni leur charge de travail ni la santé économique du moulin, dénoncent une décision « absurde ».

Qu’est-ce que cache InVivo ?

InVivo n’est pas un petit acteur. C’est un géant de l’agro-industrie, issu du monde coopératif mais engagé depuis quelques années dans une stratégie d’expansion massive :

  • 11,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires,
  • 384 millions d’euros d’EBITDA,
  • 1,8 milliard d’euros de dette, notamment liée à de gigantesques acquisitions internationales.

Ces chiffres impressionnants créent pourtant un paradoxe : comment un groupe qui se dit « société à mission », censé défendre les agriculteurs et les territoires, peut-il fermer un moulin rentable sans aucune explication publique ?

Ce flou nourrit l’inquiétude. InVivo restructure à l’échelle nationale la meunerie Soufflet qu’elle a acquise, et dont dépend le Moulin du Dadou, qui semble en être une victime collatérale : un pion sacrifié dans une stratégie industrielle globale opaque, décidée à des centaines de kilomètres, très loin des réalités humaines.

La dérive d’un groupe qui oublie ses racines coopératives

Plusieurs agriculteurs s’inquiètent depuis longtemps du virage pris par InVivo. Le groupe, autrefois fédération de coopératives au service du monde paysan, adopte désormais les réflexes des multinationales agroalimentaires : concentration, acquisitions, endettement massif et arbitrages brutaux.

L’affaire du Dadou le montre crûment :
— aucune transparence,
— aucune justification rationnelle,
— aucune prise en compte du territoire,
— aucune valorisation du savoir-faire local,
— aucun respect des salariés.

Le contraste est violent entre le discours officiel du groupe — transition agricole, résilience, responsabilité sociale — et la réalité vécue par les salariés tarnais.

En refusant d’expliquer publiquement les motifs de la fermeture et en proposant des reclassements absurdes à des centaines de kilomètres (Rouen, Essonne), la direction d’InVivo agit comme si le Moulin du Dadou était une simple ligne dans un tableur.

Pourtant, derrière cette ligne, il y a des familles, un territoire, et un outil productif qui fonctionne. La décision choque par sa froideur et son absence totale de sens.

Les importations allemandes de farine en question ?

La montée rapide des importations de farine en provenance d’Allemagne crée une pression croissante sur la meunerie française et constitue un élément de contexte important pour comprendre les inquiétudes autour du Moulin du Dadou.

Selon l’Association nationale de la meunerie française, la France a importé un niveau record d’environ 400 000 tonnes de farine en 2024, dont plus de 25 % des sachets vendus en grande distribution proviennent désormais d’Allemagne, pays dont les moulins, plus grands et plus modernisés, pratiquent des prix extrêmement compétitifs.

Plusieurs rapports (ANMF, Process Alimentaire, Sénat) alertent sur une dégradation de la compétitivité des moulins français, particulièrement les sites de taille moyenne ou ruraux, face à cette concurrence dopée par l’industrialisation allemande et les stratégies de prix.

Ce phénomène nourrit l’inquiétude que certaines fermetures — dont celle du Moulin du Dadou — puissent être liées non à la rentabilité locale, mais à une volonté de restructuration globale pour affronter une concurrence européenne accrue, au détriment des territoires et des salariés.

Autre question sur la table, la pression internationale, notamment celle du Mercosur, pousse-t-elle InVivo à restructurer sa meunerie ?

Dans un contexte où les importations de farine en France battent des records ; où les filières céréalières dénoncent la concurrence de pays aux normes moins strictes ; et où l’accord UE-Mercosur pourrait intensifier la pression sur les prix et les volumes, on peut s’interroger.

La stratégie de InVivo serait-elle de fermer des moulins performants pour concentrer sa production dans quelques sites géants afin d’affronter un marché mondialisé de plus en plus agressif ?

Si tel est le cas, ce sont des décisions lourdes de conséquences pour les salariés du Tarn au nom de stratégies internationales qui pourraient impacter d’autres moulins en France. Des décisions profondément contraires à l’esprit coopératif dont InVivo se réclame encore.

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