Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le déficit des biens atteint un record à 1 241 milliards de dollars. Si l’on inclut les services, le solde global avoisine encore 900 milliards. Les exportations progressent, certes, autour de 3 400 milliards de dollars. Mais les importations dépassent 4 300 milliards. L’écart structurel demeure. Autrement dit, le bruit politique n’a pas changé la trajectoire économique.
Le déficit ne se résorbe pas
La logique affichée était simple. Rendre les produits étrangers plus chers pour stimuler la production nationale et réduire les achats extérieurs. Dans les faits, 2025 a surtout été marquée par une forte volatilité des flux.
Au premier semestre, le déficit se creuse nettement. Les entreprises anticipent les hausses de droits, gonflent leurs stocks, accélèrent leurs commandes. Les importations explosent plus vite que les exportations. À l’automne, le solde mensuel se replie ponctuellement, mais en cumul annuel, le déséquilibre reste massif.
La quasi-totalité du coût des nouveaux droits de douane a été supportée par les Américains eux-mêmes. Pour les importateurs, les entreprises et les consommateurs, les tarifs ont surtout agi comme une taxe interne, renchérissant les intrants industriels et les biens de consommation.
Moins de Chine, plus d’Asie
Là où l’effet est visible, c’est sur la géographie des échanges. Le déficit bilatéral avec la Chine recule fortement, d’environ 30%. Il retombe à un niveau comparable au milieu des années 2000.
Mais dans le même temps, les déficits explosent avec le Vietnam, Taïwan, l’Inde ou le Mexique. Les chaînes d’approvisionnement se déplacent, elles ne disparaissent pas. On change d’atelier, pas de modèle.
Le déficit avec l’Union européenne reste élevé, autour de 219 milliards de dollars pour les biens. Il s’améliore légèrement avec l’Allemagne et l’Italie, mais se creuse avec la France ou l’Irlande. La relance protectionniste redessine les flux, elle ne les réduit pas.
Le déficit commercial d’une puissance comme les États-Unis ne se résume pas à une question de droits de douane. Il reflète la structure productive, la place du dollar, le niveau de consommation intérieure et la financiarisation de l’économie. On ne corrige pas des décennies de désindustrialisation et de délocalisations par un simple ajustement tarifaire.
Des simulations de la Réserve fédérale estiment que des hausses généralisées de droits de douane pourraient amputer le PIB américain de 2 à 3% à long terme. En 2025, l’industrie manufacturière a encore supprimé des dizaines de milliers d’emplois.
La leçon est claire. Les droits de douanes peuvent déplacer le déficit d’un pays à l’autre. Ils ne suffisent pas à reconstruire un appareil productif.