Liberté Actus
qrcode:https://liberteactus.c-real.org/1947

Cet article est lisible à cette adresse sur le site Liberté Actus :

https://https://liberteactus.c-real.org/1947

Flachez le qrcode suivant pour retrouver l'article en ligne

kovop/shutterstock
On fait le point

Sur quelle production la « bulle IA » repose-t-elle ?

Accès abonné
Mise à jour le 5 décembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes

Mots -clé

Nouvelles technologies Finance Intelligence artificielle Terres rares

Un débat agite les investisseurs et les analystes : y a-t-il une bulle spéculative de l’intelligence artificielle (IA) ? La filière pourrait être surévaluée sur les marchés financiers, faisant courir le risque d’un krach boursier. Mais en dernière instance, le développement de l’IA repose sur un modèle de financement permis par la vente de puces électroniques.

Le problème est là : il y a une contradiction entre la croissance rapide du capital des entreprises de la filière IA et la relative faiblesse des revenus de ces entreprises qui ne sont pas rentables aujourd’hui. À terme, les entreprises de la filière devront afficher un chiffre d’affaires face aux investisseurs. Autrement dit : les ventes vont-elles suivre les montants colossaux engagés ?

Exemple d’OpenAI (ChatGPT) :

  • Valorisation : progression de 157 milliards de dollars (2024) à 500 milliards de dollars (début octobre 2025)
  • Chiffre d’affaires : 13 milliards de dollars estimés en 2025 (Bloomberg)
  • Pertes : environ le double, autour de 30 milliards de dollars en 2025
  • Bénéfices : pas avant 2030 selon OpenAI
  • Croissance : +300 % environ sur un an

Pour le moment, toute vente supplémentaire d’abonnement à ChatGPT entraîne de nouveaux coûts supérieurs aux recettes et donc engendre un alourdissement des pertes. Plus ils ont de clients, plus ils perdent d’argent.

Les investisseurs acceptent des pertes temporaires

Si OpenAI peut se permettre de telles levées de fonds et de telles pertes, c’est grâce à la croissance impressionnante de son chiffre d’affaires, mais surtout grâce à de grands investisseurs qui ont les reins solides. Ceux-ci ne sont pas inquiets de voir l’entreprise accuser des pertes. Le futur chiffre d’affaires escompté (après 2030) est censé permettre de revendre leurs participations avec une plus-value ou de toucher des revenus financiers quand OpenAI sera entrée en bourse.

Derrière cette stratégie d’investissement, une logique : OpenAI passe d’importantes commandes auprès des grands groupes qui la détiennent et leur fournit ses services. Ils sont propriétaires, clients et fournisseurs.

Les groupes au capital d’OpenAI :

Microsoft a récemment déclaré détenir 27 % d’OpenAI (135 milliards de dollars). En comparaison, son chiffre d’affaires annuel est de 282 milliards de dollars et sa capitalisation s’élève à 4000 milliards de dollars. Microsoft ouvre l’accès à sa plateforme Azure (services de cloud) à OpenAI qui fournit en retour Microsoft pour son assistant Copilot.

Nvidia investit 100 milliards de dollars dans OpenAI. Le fabricant de puces électroniques vaut 4 500 milliards de dollars en bourse et ses revenus annuels s’élèvent à 130 milliards de dollars. Il vend les puces nécessaires aux centres de données utilisés par OpenAI. En retour, la croissance de l’IA stimule la demande en puces électroniques.

Oracle fournit des centres de données à OpenAI, son principal client. Ces commandes sont financées en partie par le japonais SoftBank (télécommunications) via ses participations, dans un accord tripartite. Cela profite aussi à Nvidia, car Oracle achète ses puces pour ses infrastructures. Si SoftBank a récemment vendu ses actions Nvidia, elle continue de parier sur OpenAI (30 milliards de dollars).

Derrière les risques, une production matérielle et des ventes effectives

À travers l’exemple d’OpenAI, on voit la construction circulaire du financement de l’IA, où le fournisseur finance son client. Cela accroît les risques de krach si le gouffre entre les revenus et les capitalisations de ces multinationales vient à se « corriger ».

En particulier, si OpenAI n’équilibrait pas ses coûts et ses revenus à terme, Oracle ferait face au défaut de paiement de son principal client, ce qui serait catastrophique pour cette entreprise. Ce serait également mauvais pour Nvidia ou Microsoft de perdre un important client et portefeuille d’actions.

Pour autant, force est de constater que les ventes, comme les bénéfices, de tous ces groupes qui investissent dans l’IA connaissent une forte progression. Nvidia vend des puces électroniques, Microsoft vend des services de cloud, Oracle vend des serveurs et SoftBank vend des abonnements internet et téléphoniques. Et la demande pour ces produits est largement en hausse !

La question est de savoir si OpenAI peut, pour sa part, vendre des services d’IA de manière viable.

Si, de fait, l’IA ne rapporte pas d’argent actuellement, elle est donc financée indirectement par des activités qui en génèrent énormément. Elle constitue une sorte de ponction sur les bénéfices d’autres industries, en échange d’un contrôle de celles-ci sur la filière. En bref, OpenAI peut bien acheter des produits Microsoft avec l’argent de Microsoft (ses participations dans OpenAI), car au bout Microsoft a bien d’autres clients.

Cela explique d’ailleurs la prise de participation d’OpenAI dans AMD, autre fabricant de puces électroniques, car la vente de puces AMD génère ainsi des revenus financiers pour l’IA. Ou, selon la même logique, la participation d’Oracle dans Nvidia.

Des risques sur l’IA ou sur les approvisionnements ?

En revanche, si l’on dit que tout ce monde-là repose, en dernière instance, sur la production et la vente de puces électroniques, cette force constitue en même temps une vulnérabilité.

Pour une raison simple : Nvidia a besoin de Taïwan. L’entreprise est très dépendante de TSCM, producteur des puces Nvidia, AMD, Intel, Apple, etc. Les tensions internationales autour de la question de Taïwan sont un facteur de risque énorme.

Pour une deuxième raison très simple : pour produire des puces électroniques, il faut raffiner des terres rares. En termes de risque, on peut renvoyer à la première raison et à plusieurs articles parus dans Liberté Actus.

Enfin, la question énergétique est capitale : comment répondre aux besoins de consommation de ces industries, notamment pour les centres de données, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux énergies carbonées ?

Au-delà du système de financement, aussi circulaire soit-il, c’est en réalité en amont (les approvisionnements en matière première et en puces électroniques) et en aval (les ventes de services IA) que l’équation économique de l’IA doit prioritairement se résoudre.

Message d'abonnement

Ces articles peuvent vous intéresser :

Soutenez-nous

Faire un don

En 2024, nous avons bâti un journal unique où les analyses se mêlent à l’actualité, où le récit se mêle au reportage, où la culture se mêle aux questions industrielles et internationales. Faites un don pour continuer l’aventure.