Immédiatement, les premières économies touchées ont été les plus dépendantes sur le continent asiatique, en premier lieu desquelles le Pakistan, le Bangladesh ou l’Inde, qui importaient une part essentielle de leurs hydrocarbures depuis le Golfe. Les sanctions européennes à contre-courant Sur le même sujet On vous explique : Pourquoi la Slovaquie et la Hongrie s’opposent à Kiev sur l’énergie L’Europe n’est pour autant pas épargnée. Pour l’instant, le choc est encore contenu : ce n’est pas à ce stade une crise d’approvisionnement, mais une crise de prix. En France, les carburants ont déjà augmenté de plus de 40 centimes par litre. Les factures de gaz vont suivre à partir du mois de mai. C’est un nouveau coup porté aux ménages et à une industrie déjà très fortement fragilisée. En France, les prix de l’électricité ne devraient néanmoins pas connaître une telle envolée. Et pourtant, au même moment, la Commission européenne et la plupart des gouvernements du continent persistent : il faudrait maintenir, coûte que coûte, les sanctions contre les hydrocarbures russes. Une question existentielle, un mantra…
Les sanctions européennes à contre-courant
L’Europe n’est pour autant pas épargnée. Pour l’instant, le choc est encore contenu : ce n’est pas à ce stade une crise d’approvisionnement, mais une crise de prix. En France, les carburants ont déjà augmenté de plus de 40 centimes par litre. Les factures de gaz vont suivre à partir du mois de mai. C’est un nouveau coup porté aux ménages et à une industrie déjà très fortement fragilisée. En France, les prix de l’électricité ne devraient néanmoins pas connaître une telle envolée.
Et pourtant, au même moment, la Commission européenne et la plupart des gouvernements du continent persistent : il faudrait maintenir, coûte que coûte, les sanctions contre les hydrocarbures russes. Une question existentielle, un mantra répété ad nauseam.
Avant 2022, l’Union européenne importait environ 40 % de son gaz depuis la Russie. Cette part est tombée à 15 % en 2025, via du GNL ou les derniers gazoducs encore en activité pour certains pays d’Europe centrale. Les textes adoptés à l’été 2025 prévoient de couper totalement ces importations d’ici 2027. Autrement dit, se priver volontairement en Europe d’une part significative de son approvisionnement dans un contexte d’extrême tension mondiale sur les hydrocarbures.
Diesel et raffinage : une dépendance structurelle française
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Le cas du diesel est encore plus révélateur de cette impasse. En 2022, environ la moitié du diesel importé en France provenait de Russie, et 25 % à l’échelle de l’UE. Or, les six raffineries françaises produisent surtout de l’essence, les capacités de raffinage du diesel ayant baissé ces dernières années. Le pays est donc structurellement dépendant des importations de gazole, qui représente 55 % du parc automobile des Français.
Dans une situation où les flux mondiaux sont perturbés, cette dépendance devient un point de fragilité évident, et les sanctions européennes adoptées en 2023 contre les produits pétroliers russes restreignent les possibilités d’approvisionnement. Avec le blocage du détroit d’Ormuz, 10 % du commerce mondial de gazole est bloqué. Le pétrole brut du Golfe, également bloqué, représentait aussi une voie d’approvisionnement privilégiée pour les raffineries de gazole du monde entier, en raison de ses caractéristiques physiques.
Pourquoi les volumes russes restent décisifs
Dans le même temps, en plus des sanctions qu’elle s’auto-inflige, l’Union européenne multiplie les dispositifs pour limiter l’accès du pétrole russe au marché mondial et tenter de rendre ses sanctions extraterritoriales : plafonnement des prix, sanctions contre la « flotte fantôme » et arraisonnement de navires pouvant s’apparenter à de la piraterie, restrictions vis-à-vis des importations de produits pétroliers raffinés dans des pays tiers avec du pétrole russe…
Mais une évidence économique s’impose : remettre sur le marché des volumes russes — pétrole comme produits raffinés — permettrait mécaniquement de détendre les prix. Trump ne s’y est pas trompé en levant de manière temporaire les sanctions sur le pétrole russe, afin que l’Inde puisse en importer.
Une réouverture difficile en pratique
Sur le gaz, la situation est plus complexe mais tout aussi révélatrice. Il faut tout d’abord relever que les sanctions européennes contre les importations de gaz russe ne s’appliqueront qu’à compter de 2027. Les importations réalisées dans le cadre de contrats de long terme (15 % de l’approvisionnement européen en gaz) sont encore possibles jusqu’à cette date. Mais quid de la possibilité d’un retour rapide du gaz russe aux niveaux antérieurs à 2022, dans cette situation de crise ?
Les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ont été sabotés, un seul tuyau sur les quatre reste opérationnel. Les flux via l’Ukraine et la Pologne sont à l’arrêt. En théorie, un retour du gaz russe par ces voies reste possible, mais en pratique, il est aujourd’hui rendu quasi impossible par l’opposition très probable des autorités polonaises ou ukrainiennes à la reprise du transit de gaz russe sur leur territoire.
Ce qui est présenté par les fonctionnaires de la Commission comme une diversification ressemble en réalité à la création d’une nouvelle dépendance. En renonçant aux hydrocarbures russes, l’Europe se tourne davantage vers le marché du GNL, et notamment vers les États-Unis.
Quand l’idéologie prime sur la réalité
La situation actuelle devrait pourtant conduire à un minimum de pragmatisme. Dans un contexte de montée des guerres énergétiques, se priver volontairement de fournisseurs disponibles relève d’un choix idéologique difficilement justifiable. Maintenir les sanctions sur le pétrole et les produits raffinés russes, dans l’immédiat, revient à aggraver la pression sur les prix, au détriment des ménages et de l’industrie européenne. Persister dans l’application des prochaines sanctions contre le gaz russe relève également de la même logique, qui pourrait être qualifiée de sabotage économique majeur.
Plutôt que de persister dans l’aveuglement antirusse contreproductif, la France devrait porter un message qui paraît pourtant évident. Dans l’immédiat, il est urgent de refuser de s’interdire par principe l’accès à certains fournisseurs d’hydrocarbures. En parallèle, l’électrification de l’économie, appuyée sur une électricité pilotable compétitive, doit être accélérée et planifiée.