L’épisode Nexperia a servi d’avertissement. En suivant les injonctions américaines, les Pays-Bas ont provoqué une riposte immédiate de Pékin. Les livraisons ont été bloquées, les chaînes d’assemblage européennes menacées, et La Haye a fini par reculer après quelques semaines de chaos. Les Pays-Bas ne contrôlent ni leur dépendance industrielle, ni le coût des sanctions qu’ils appliquent.
Avec ASML, la situation devient encore plus explosive. Pressé par Washington, le gouvernement néerlandais restreint l’exportation et désormais la maintenance des machines de lithographie vendues à la Chine. Or une machine non maintenue est une machine condamnée : Pékin l’a parfaitement compris. Si certaines interventions deviennent impossibles, la Chine pourra considérer que le contrat est violé et agir en conséquence. Pour un pays dont 20 % des ventes d’ASML dépendent du marché chinois, le risque est colossal.
Pourquoi la maintenance ASML est stratégique
Les machines DUV et EUV nécessitent un entretien constant : recalibrage optique, pièces sensibles, mises à jour logicielles. Une interruption de maintenance peut réduire la précision, puis rendre l’équipement inutilisable. Pour la Chine, c’est un point vital. Elle a investi des dizaines de milliards dans ses fabs, qui reposent sur ces machines.
La Chine a les moyens de frapper fort
L’autre danger tient aux leviers énormes dont dispose Pékin. La Chine maîtrise plus de 70 % de la production mondiale de métaux critiques indispensables à l’électronique : gallium, germanium, terres rares, tungstène. Elle a déjà montré, en 2023 puis 2024, sa capacité à utiliser ces ressources comme arme géo-économique. Si l’affrontement avec les Pays-Bas se durcit, rien n’empêcherait Pékin d’appliquer des mesures ciblées : quotas, inspections, restrictions douanières.
Pour un pays qui vit de l’exportation de machines de précision, une telle riposte pourrait être dévastatrice. L’Europe entière dépend des matériaux raffinés en Chine ; la moindre perturbation se répercute instantanément sur les filières industrielles et sur ASML lui-même, dont certains sous-systèmes reposent sur ces métaux stratégiques.
En acceptant de jouer, pour Washington, le rôle d’avant-poste technologique, les Pays-Bas s’exposent à des représailles disproportionnées à leur taille et à leurs capacités. La Chine ne cherche pas l’escalade, mais elle a montré qu’elle ne laisserait jamais un pays – fût-il un allié des États-Unis – menacer son industrie stratégique sans contre-attaque calibrée. Le précédent Nexperia le prouve, le dossier ASML pourrait en être la confirmation.
Les métaux critiques : l’autre arme de Pékin
Gallium, germanium, terres rares, graphite : ces matériaux sont indispensables à la fabrication de puces, d’écrans et de batteries. La Chine contrôle l’essentiel du raffinage mondial. Une restriction ciblée pourrait ralentir, voire bloquer, des pans entiers de l’industrie européenne – et frapper directement ASML.