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Économie

Le mythe des Français qui ne travaillent pas assez

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Mise à jour le 20 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Industrie

Une étude que vient de publier l’Observatoire du long terme est instructive à plusieurs titres. Elle confirme le décrochage français en matière de productivité, avec des conséquences très concrètes.

Ainsi, dans l’hypothèse où la productivité française aurait suivi la trajectoire observée dans d’autres économies avancées, le poids des retraites dans le PIB serait aujourd’hui nettement plus faible. Autrement dit, une partie du débat récurrent sur la « soutenabilité » du système par répartition deviendrait largement caduc. À lire aussi Étude : Ce que la fermeture des usines a fait aux communes françaises Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle la productivité. Produire toujours davantage sous la seule pression de critères financiers n’aurait évidemment aucun intérêt pour la nation. Mais si l’on parle de notre capacité collective à transformer efficacement nos ressources — temps, capital, énergie — en richesses utiles, alors le sujet mérite d’être mis entre toutes les mains. Produire plus ou se partager la pénurie L’étude de l’Observatoire du long terme le rappelle d’ailleurs clairement. « La notion de productivité signifie seulement plus d’efficacité », écrivent ses auteurs, avant d’ajouter que tout dépend de l’usage que l’on en fait. Produire…

Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle la productivité. Produire toujours davantage sous la seule pression de critères financiers n’aurait évidemment aucun intérêt pour la nation. Mais si l’on parle de notre capacité collective à transformer efficacement nos ressources — temps, capital, énergie — en richesses utiles, alors le sujet mérite d’être mis entre toutes les mains.

Produire plus ou se partager la pénurie

L’étude de l’Observatoire du long terme le rappelle d’ailleurs clairement. « La notion de productivité signifie seulement plus d’efficacité », écrivent ses auteurs, avant d’ajouter que tout dépend de l’usage que l’on en fait. Produire plus avec toujours plus de ressources, ou produire mieux avec moins. Produire autant en consommant moins de ressources naturelles. Réduire les émissions de carbone à production égale. Tout cela relève de gains de productivité.

La question est donc profondément politique. Qui décide de ces choix et dans quel objectif ?

Si la France ne renoue pas avec une dynamique de productivité, elle sera condamnée à débattre indéfiniment d’une répartition toujours plus étroite des richesses. Dans un tel cadre, les arbitrages deviennent vite insolubles. Soit l’on augmente fortement la contribution des plus riches — ce qui ne serait pas un luxe, mais resterait insuffisant — soit l’on réduit les dépenses publiques.

Dit autrement, la question centrale reste celle du développement des forces productives. Le redéploiement productif devrait être un objectif national. Une priorité même. Mais cela suppose des ruptures profondes, tant la finance capte aujourd’hui une part croissante de la richesse produite.

Le jour où l’homme s’est saisi d’une pierre pour prolonger sa force, sa capacité de production a changé d’échelle. L’outil, la machine puis l’automatisation ont progressivement démultiplié la puissance du travail humain. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle s’inscrit dans cette longue trajectoire. C’est en quelque sorte la loi initiale.

Le problème est ailleurs. À force de délocalisations et sous l’illusion d’une prétendue « société sans usine », la France s’est progressivement coupée de la base matérielle de ce développement.

Or les gains de productivité naissent d’abord dans la sphère productive. Ce sont eux qui irriguent ensuite l’ensemble de l’économie, des services à l’éducation en passant par la santé. Un pays qui abandonne son industrie se prive mécaniquement de ce moteur.

Produire, puis répartir. Si l’on simplifie, toute l’équation est là.

Le vrai retard français se joue dans la recherche

Côté patronat, la réponse est toute trouvée. « Les Français ne travaillent pas assez », répètent-ils en chœur. Une affirmation pourtant largement contredite par les chiffres. Sans même parler de ces secteurs industriels où l’outil de travail est bridé, où les machines se meurent sous les coups d’un sous-investissement chronique.

Le véritable décrochage se joue ailleurs. Dans la recherche. L’étude rappelle qu’en 2022 la France consacrait 2,23 % de son PIB à la recherche et développement. Un niveau quasiment stagnant depuis les années 1990. À titre de comparaison, les États-Unis y consacrent 3,59 % de leur PIB, l’Allemagne 3,13 %, tandis que les puissances asiatiques ont engagé un effort encore plus massif.

Du côté des entreprises, l’écart est encore plus grand puisque le secteur privé ne finance en France que 56 % de la R&D, contre 70 % aux États-Unis et près de 79 % en Chine.

À ces faiblesses structurelles s’ajoutent d’autres pertes. La difficulté à transformer la recherche fondamentale en applications industrielles, la fuite des chercheurs vers l’étranger, souvent attirés par de meilleurs salaires, ou encore l’érosion du nombre de publications scientifiques.

Les auteurs de l’étude en concluent qu’il faut un plan de rattrapage sur vingt ans. Autrement dit, qu’il faut planifier. Mais cela ne suffira pas.

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