C’est dans les colonnes de Bloomberg qu’est apparue cette idée il y a quelques jours. L’État suisse cherche « à tout prix » à faire baisser les droits de douane que lui impose Washington depuis le 1er août. Au sortir de l’été, Berne avait déjà accepté d’acheter des avions de chasse américains à un prix bien plus élevé qu’initialement prévu. La potentielle délocalisation de la production aurifère n’est qu’une étape supplémentaire dans la tentative – vouée à l’échec – d’amadouer la Maison-Blanche.
La Suisse vers la récession ?
Contrairement à une idée répandue, la République alpine ne se porte pas au mieux. Si bien que la récession n’est plus à écarter, d’après les économistes du pays. Et les droits de douane appliqués par l’administration américaine n’y sont pas pour rien. Depuis le 1er août, 39 % de surtaxes frappent de nombreux produits helvétiques : horlogerie, machines-outils, instruments de précision (comme les instruments de mesure) ou encore produits alimentaires.
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La Suisse est le « pays développé » le plus durement touché par la politique commerciale de la Maison-Blanche. Si elle pouvait espérer un peu de répit, c’était sans compter sur la nouvelle « bombe tarifaire » lancée par Donald Trump fin septembre 2025. Sur son réseau social, il a déclaré vouloir appliquer de nouvelles taxes de « 100 % aux produits pharmaceutiques […] à compter du 1er octobre, sauf si une entreprise CONSTRUIT son usine pharmaceutique en Amérique ».
Une annonce choc pour la Suisse, dont le secteur de la chimie et de la pharmacie représente près de 8 % du PIB, sans même parler de son poids dans les exportations.
L’or, monnaie d’échange diplomatique
Alors, très vite s’est posée la question de l’or. Avec ses quelques milliers de salariés, l’industrie aurifère reste un argument de poids dans une négociation commerciale avec les États-Unis. Plusieurs responsables politiques suisses ne s’y sont pas trompés, en déclarant tout bonnement qu’il n’est pas exclu de sacrifier cette industrie sur l’autel d’un accord.
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Début août, Hans-Peter Portmann, un proche de la présidente Karin Keller-Sutter (Parti libéral-démocrate), déclarait au Financial Times : « Si un secteur nuit à l’économie nationale dans son ensemble et que ce secteur n’apporte pas une grande valeur ajoutée à la Suisse, ni en termes de salaires ni en termes d’impôts, il faut y réfléchir. Peut-être que ce secteur devra payer pour les dégâts qui se produisent actuellement. »
Au-delà de sa dimension symbolique, le lingot d’or est au cœur de l’imbroglio entre Berne et Washington. La balance commerciale entre les deux pays est devenue déficitaire pour les États-Unis, en partie à cause des exportations suisses de lingots. Certes, on n’importe pas un lingot d’or comme on importe un micro-ondes ou une voiture. Mais pour Donald Trump, l’équation reste la même : imposer des droits de douane pour stopper la « frénésie » des importations de produits non fabriqués sur le sol américain.
La situation est d’autant plus ubuesque que de nombreux détenteurs américains d’or physique rapatrient actuellement leurs stocks par crainte d’éventuelles surtaxes.
Pourquoi l’or passe par la Suisse ?
L’or circule dans le monde, mais il ne se présente pas partout sous la même forme.
- À Londres, centre historique du commerce depuis le XIXe siècle, il est stocké dans d’immenses coffres sous forme de gros blocs de 12,5 kilos. Ces « barres » standardisées conviennent aux banques centrales et aux investisseurs institutionnels.
- Aux États-Unis, et notamment à New York, le marché fonctionne différemment : on y échange surtout des lingots d’1 kilo, plus faciles à manipuler et directement compatibles avec le système boursier américain.
Pour transformer ces énormes barres londoniennes en petits lingots américains, il faut une étape intermédiaire : la refonte et le recoulage. C’est là qu’intervient la Suisse. Ses raffineries, installées près de la frontière italienne, se sont imposées comme les ateliers du monde de l’or, transformant les blocs massifs en formats adaptés aux différents marchés.
Résultat, même si l’or part de Londres pour finir à New York, il fait presque toujours un détour par le Tessin. Aujourd’hui, les discussions se multiplient pour transférer une partie de cette activité aux États-Unis, ce qui réduirait le rôle central de la Suisse dans ce circuit mondial.