Chacun sait que le « blocage » du détroit d’Ormuz entraîne la rupture de nombreuses chaînes d’approvisionnement, énergétiques tout particulièrement. Mais en plus du pétrole et du gaz, c’est une grande partie de l’industrie qui risque d’être neutralisée ; en témoignent les alertes dans la pétrochimie et l’agroalimentaire. Moins relayé, la production de semi-conducteurs s’attend à des prochains mois difficiles. En cause : les perturbations sur les exportations d’hélium depuis le Qatar, élément pourtant indispensable à la fabrication des semi-conducteurs. À lire aussi : Détroits et canaux, maillons stratégiques du commerce maritime L’hélium, un gaz rare indispensable à l’industrie des semi-conducteurs C’est l’une des probables pénuries que peu de gens avaient vue venir : l’hélium. Depuis trois semaines, les grandes industries asiatiques de semi-conducteurs sont en état d’alerte, mais aussi les industriels qui en dépendent. De larges pans de la production allemande pourraient être menacés très rapidement. À lire aussi Détroit d’Ormuz : Semis de printemps, l’agriculture mondiale face au…
À lire aussi : Détroits et canaux, maillons stratégiques du commerce maritime
L’hélium, un gaz rare indispensable à l’industrie des semi-conducteurs
C’est l’une des probables pénuries que peu de gens avaient vue venir : l’hélium. Depuis trois semaines, les grandes industries asiatiques de semi-conducteurs sont en état d’alerte, mais aussi les industriels qui en dépendent. De larges pans de la production allemande pourraient être menacés très rapidement.
L’hélium, c’est un gaz rare. Un gaz « noble », même. Ses propriétés sont si singulières qu’on ne lui trouve pas de substitut à court terme. Il est incolore, inodore et inerte et reste le deuxième élément le plus léger après l’hydrogène. Sa production est extrêmement complexe et dépendante de structures industrielles et minières de grande qualité.
Pourquoi le Qatar est un acteur clé du marché mondial de l’hélium
Si le Qatar produit effectivement 30 à 35 % de l’hélium mondial, c’est parce qu’il est extrait du gaz naturel – dont le Qatar est un important producteur. On estime à quelques pour cent à peine la part d’hélium contenue dans certains gisements de gaz naturel.
Il faut donc refroidir progressivement le gaz à des températures cryogéniques afin de liquéfier les autres composants, comme le méthane ou l’azote, tandis que l’hélium reste gazeux. Le mélange est ensuite purifié par différentes étapes d’adsorption et de séchage, jusqu’à atteindre une pureté pouvant dépasser 99,995 %.
On imagine aisément les infrastructures, les savoir-faire et les technologies que nécessite cette fabrication, qui croît d’année en année, tirée par l’électronique et la santé.
Semi-conducteurs, automobile, sidérurgie : une réaction en chaîne industrielle
Pas de production de semi-conducteurs sans hélium. Pas de production automobile sans semi-conducteurs. Moins de production sidérurgique sans automobile. Et ainsi de suite. C’est ce qui fait redouter une crise d’ampleur qui, très vite, pourrait toucher de plein fouet l’industrie européenne.
Mais ça ne s’arrête pas là, puisque l’hélium est aussi critique dans la santé, notamment dans l’imagerie médicale (IRM) ; dans l’aérospatial, le soudage industriel ou encore la fibre optique. Autant de filières – et non des moindres – qui reposent aussi sur cet élément peu connu du grand public.
Une ressource sans substitut et difficile à stocker
La différence entre l’hélium et d’autres ressources telles que le pétrole ou le gaz, c’est que sa rareté est systémique. Sa présence en très faible quantité dans certains gisements de gaz naturel le rend très dépendant de certains territoires (Qatar, États-Unis, Russie, Algérie, Canada). Il n’existe pas véritablement de réserve stratégique, tant sa conservation est délicate.
Le problème se pose aussi pour son transport : liquéfié puis transporté dans des conteneurs spéciaux, des pertes surviennent après 48 jours en raison de la chaleur. Ces conditions contraignent fortement les flux. Chaque navire chargé d’hélium qui se trouve bloqué au large du détroit d’Ormuz sera potentiellement perdu dans les prochains jours.
Pourquoi le marché ne peut pas s’adapter rapidement
Depuis, les États-Unis, qui conservent la plus grande production et les plus grandes capacités de raffinage d’hélium au monde, espèrent bien combler les pertes, en spéculant au passage. Problème : ils n’ont ni les capacités de prendre tout le marché, ni la possibilité de le faire. Le commerce d’hélium passe principalement par le biais de contrats à long terme, qui ne peuvent pas être rompus ou substitués si simplement.
En Allemagne, qui concentre près d’un tiers des puces fabriquées en Europe, la crainte de la pénurie monte de jour en jour. C’est particulièrement vrai pour les semi-conducteurs destinés au secteur automobile et à l’automatisation industrielle.
60, 90 jours : à partir de quand la production mondiale peut décrocher
Là encore, la question du temps devient centrale. Taïwan, le Japon et la Corée du Sud sont, pour l’heure, les plus impactés par l’affaire. Des hausses de prix sont d’ores et déjà évoquées, avec la certitude que l’hélium est désormais utilisé avec parcimonie dans les usines.
Si la crise se prolonge (60 à 90 jours selon les estimations), des hausses de coûts – et donc de prix – de l’ordre de 25 à 50 % se feront ressentir. D’autant que, à l’image du GNL, il faudra un certain temps avant que toutes les infrastructures soient remises en route et fonctionnent à un rythme normal.
Au-delà de 90 jours sans approvisionnement ou presque, c’est tout bonnement la production de semi-conducteurs qui ralentirait très fortement (voire s’arrêterait un temps), mettant à plat tout un pan de l’industrie mondiale.
| Impact par secteur | ||
|---|---|---|
| Dépendance Hélium | Risque à 60-90 jours | |
| Semi-conducteurs | Refroidissement, purge | Ralentissement production (TSMC, Samsung) |
| Automobile | Puces embarquées | Arrêts lignes (Allemagne, France) |
| Santé | Aimants IRM | Reports examens, priorisation |
| Sidérurgie | Automatisation | Baisse cadence via électronique |