Car si la production électrique française retrouve des niveaux d’avant-crise, la consommation, elle, stagne. En 2025, elle reste inférieure d’environ 6 % à celle de la période 2014-2019. Autrement dit, alors même que la France dispose d’une électricité abondante, largement décarbonée et compétitive, elle ne parvient pas à enclencher la dynamique d’électrification pourtant indispensable à la réindustrialisation et à la transition écologique.
Une puissance exportatrice… faute de débouchés internes
Les exportations françaises irriguent principalement l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni et la Suisse. La France est devenue, de fait, la centrale électrique de l’Europe occidentale. Ces flux génèrent des revenus importants et contribuent positivement à la balance commerciale. Mais ils sont aussi le symptôme d’un marché intérieur atone.
La production n’a pas été « bradée », insiste RTE. C’est vrai. Mais elle n’est pas non plus massivement mobilisée pour transformer l’appareil productif national. Industrie électro-intensive, transports, chauffage, hydrogène : les usages structurants tardent à décoller. L’électricité française trouve plus facilement preneur au-delà des frontières que dans les usines et les territoires du pays.
Un échec politique plus qu’énergétique
Ce décalage n’est pas technique. Il est politique. La France produit, mais n’organise pas la demande. Elle investit dans les capacités, mais renonce à planifier les usages. Résultat : une électricité bas-carbone disponible, mais une économie toujours dépendante des énergies fossiles.
Dans ce contexte, les bons résultats d’EDF et la performance du système électrique ne sauraient masquer l’absence de cap industriel clair. Sans plan massif d’électrification, les exportations record resteront un succès par défaut ; celui d’un pays qui produit pour les autres ce qu’il n’utilise pas pour lui-même.
Souveraineté énergétique ou occasion manquée
La France dispose d’un atout stratégique rare en Europe. Encore faut-il le mettre au service d’un projet cohérent de développement industriel, social et écologique. À défaut, l’électricité continuera de quitter le territoire pendant que la réindustrialisation restera, elle, à l’état de promesse.
Exporter plus n’est pas un problème. Ne pas produire et consommer pour soi en est un.