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D Dariusz Gryczka/shutterstock
On fait le point

L’imposture des agences de notation

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Mise à jour le 7 novembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes

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Commerce États-Unis Macron Finance Guerre commerciale Budget 2026

Ce 24 octobre fut une grande journée pour les éditorialistes pseudo-économistes de plateaux puisque c’était au tour de l’agence de notation Moody’s de se prononcer sur la dette souveraine française. Si, cette fois-ci, la note n’a pas été dégradée, cela n’a que très peu d’importance. Ce marronnier journalistique et politique n’est, en réalité, qu’un prétexte au service d’un agenda alarmiste et austéritaire.

En plein débat sur l’avenir budgétaire de la nation, l’une des trois agences de notation américaines, qui captent à elles seules plus de 95 % du marché mondial, émet une opinion sur la capacité de la France à rembourser sa dette. Une opinion directement reprise dans tous les médias et dont les politiques se saisissent pour justifier leurs plans austéritaires avec lesquels les agences de notation sont en accointance.

Alors, les questions fusent sur les plateaux : « Cette note va-t-elle affecter la capacité de la France à emprunter sur les marchés financiers ? », « Est-ce que le coût de la dette va s’accroître ? », « Un scénario à la grecque est-il envisageable ? » Une véritable réponse à ces questions n’est que très rarement faite : les agences de notation ne font que constater a posteriori ce que les marchés financiers ont déjà répercuté dans leurs cours. Autrement dit, ce n’est pas la note en tant que telle qui détermine à quel niveau d’intérêt un pays va emprunter sur les marchés, même si elles peuvent parfois amplifier des phénomènes en accélérant des tendances à l’œuvre.

Un business florissant fondé sur les entreprises, pas sur les États

Il faut savoir que les agences de notation génèrent des bénéfices énormes chaque année, non pas en notant les États, mais en notant les entreprises. En effet, si une entreprise souhaite émettre de la dette, elle doit se tourner vers une agence de notation qui va évaluer sa capacité à rembourser en temps et en heure. Depuis les années 1970, ce sont les émetteurs de dette eux-mêmes qui payent les agences pour tenter de rassurer les investisseurs grâce à une note résumant le travail d’information qu’a opéré l’agence. C’est à partir de cette précieuse information que les investisseurs vont estimer le risque de prêter à une entreprise et ainsi définir le taux d’intérêt.

Ce travail d’information est donc central dans un capitalisme financiarisé et a une réelle incidence pour les entreprises, mais pas pour les États. Ici se situe l’imposture des agences de notation : elles publient gratuitement une notation des États, non pour les informer, mais pour s’offrir une tribune et assurer leur visibilité médiatique. Les agences ne font que décrire l’état du marché : les taux d’intérêt dépendent bien davantage des choix politiques des banques centrales que de leurs notes. Pourtant, nos gouvernements libéraux mettent en avant ces notations dans leur communication, ce qui confère à ces agences une importance qu’elles n’ont pas.

Une panique organisée au service de l’austérité

Cette propension de nos gouvernements à surcommuniquer sur ces notes a de quoi nous interroger. Une partie de la réponse réside sûrement dans l’idée qu’en sous-entendant que les agences de notation déterminent à elles seules les taux d’intérêt français, on dessaisit le pouvoir politique de la possibilité de faire des choix. Face à la fatalité du marché, une seule politique serait possible : l’austérité.

L’austérité, c’est justement la trame de fond des rapports de notation des agences. Par exemple, Moody’s se permettait ce vendredi d’indiquer que « si la suspension de la réforme [des retraites] s’étend au-delà de quelques années, cela va exacerber les défis budgétaires du gouvernement et affecter négativement le potentiel de croissance de l’économie en réduisant l’offre de travail ». L’hégémonie du capitalisme américain, incarnée ici par ses agences de notation oligopolistiques, a décidément bien des ressources pour dicter au Parlement français la politique à suivre.

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