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Nexperia

Comprendre la débâcle de l’UE contre la Chine en 5 minutes

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Mise à jour le 5 décembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes

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Chine Industrie Union européenne Pays-Bas Nexperia

« L’affaire Nexperia » est passée presque inaperçue en France comme chez nos voisins. Pourtant, des usines ont été stoppées net et des centaines de milliers de salariés ont craint le chômage partiel. Pourquoi un tel silence autour d’un choc industriel de cette ampleur ? La question reste entière. Raison de plus pour revenir sur cette débâcle annoncée, avec un peu de recul.

Reprenons le fil. Fin septembre 2025, le bureau américain de l’industrie et de la sécurité plaçait Nexperia, filiale du groupe chinois Wingtech, sur sa « liste des entités », une sorte de liste noire qui fait obstacle au marché états-unien.

Le lendemain, le gouvernement néerlandais – sous pression de Washington, donc – prenait le contrôle de Nexperia en invoquant pour la première fois une loi vieille de 73 ans. Quatre jours plus tard, la Chine interdisait, en représailles, à l’usine Nexperia basée à Dongguan d’exporter ses produits vers les clients européens.

Le surlendemain, la Chambre des entreprises néerlandaise – toujours sous pression de Washington – suspendait le directeur général de Nexperia, Zhang Xuezheng ; par ailleurs fondateur et président de Wingtech, maison-mère de Nexperia.

Enfin, après des semaines d’inquiétudes pour tout un pan de l’industrie européenne, les dirigeants néerlandais sont revenus sur leur décision le 19 novembre et ont renoncé à prendre le contrôle de l’entreprise. Un « geste » qui n’est salué par le ministère chinois du Commerce que comme « un premier pas dans la bonne direction ». Les négociations entre les différentes parties se poursuivent.

Le pouvoir de produire est supérieur aux sanctions commerciales

Pour comprendre cette affaire pour le moins rocambolesque, il faut avoir en tête le fonctionnement d’une entreprise comme Nexperia. Avec ses cinq principaux sites répartis sur la planète, sa production est éparpillée et chacun a son rôle à jouer.

Si la production se fait en partie sur des sites européens, elle doit inévitablement repasser par les usines asiatiques (dont celle située en Chine est la plus importante) pour tout le processus d’assemblage et pour les tests finaux. Ces étapes se déroulent largement dans l’usine de Dongguan, plus grand site d’assemblage de petits signaux avec une capacité de plusieurs dizaines de milliards de pièces par an. Sans ces tests, aucune pièce ne peut être expédiée : légalement, industriellement et contractuellement.

Si cela paraît technique aux premiers abords, c’est en fait un fonctionnement parfaitement banal.

Ainsi donc, Li Xing, professeur de relations internationales à l’Institut des stratégies du Guangdong, pouvait déclarer à Reuters, d’un ton presque moqueur, que « Les Néerlandais pensaient avoir saisi Nexperia, mais ils n’ont pris possession que d’un immeuble de bureaux ». Une évidence que les dirigeants européens semblent avoir oubliée.

Autre oubli de leur part : la Chine ne domine pas que les segments haut de gamme. Elle reste centrale et indispensable dans les productions moyennes et à faible valeur ajoutée ; notamment par son tissu de sous-traitance et ses liens avec les autres pays d’Asie en développement. S’en couper n’était pas une bonne idée, et il ne leur a pas fallu plus de deux mois pour s’en rendre compte.

Une industrie à l’arrêt

Les conséquences de cette escalade n’ont pas tardé à arriver. Largement traité dans les colonnes de Liberté Actus, ce « bras-de-fer » engagé par les Pays-Bas a bien failli mettre à genoux tout un pan de l’industrie européenne – automobile en tête. Bosch, Volkswagen, Nissan, BMW et tant d’autres ont sonné l’alarme dès le début du mois d’octobre. Sans même parler de la myriade de sous-traitants pour qui l’activité a bien failli s’arrêter.

En l’espace de deux semaines, les annonces sont arrivées de toutes parts. Les entreprises occidentales se sont directement rapprochées des autorités chinoises pour obtenir des dérogations. Puis la question monétaire s’est invitée là-dedans. Deux fournisseurs autrichiens d’Apple, MELECS et JABIL, se sont approvisionnés en puces Nexperia en effectuant des transactions en yuans par le biais de sociétés écrans chinoises.

On imagine aisément le malaise des dirigeants européens qui, une fois n’est pas coutume, semblent s’être entièrement plantés dans leur calcul.

Et les États-Unis dans tout ça ?

C’est l’autre enseignement de cette affaire, du moins pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris. Les États-Unis ont à gérer leur propre faillite et voient « le reste du monde » prendre petit à petit son envol. Alors, comme l’écrit Emmanuel Todd, « ils se retournent vigoureusement contre leurs ‘’alliés’’ européens et est-asiatiques, dans un effort ultime de surexploitation, et aussi, il faut l’admettre, par pur et simple dépit. […] L’Empire se dévore lui-même. »

Et cette histoire montre que, pour la Maison-Blanche et ceux qui, en Europe, ont choisi de la suivre doctement, ce n’est pas une affaire militaire. Il n’est pas question de « sécurité » comme certains voudraient le faire croire. Les puces Nexperia sont des composants omniprésents et à très faible marge. Elles équipent les frigos comme les véhicules. Le point de crispation n’est donc pas la technologie. C’est la propriété. Washington ne supporte pas la présence de capitaux chinois sur le sol européen.

Mais finalement, que se passera-t-il si les États-Unis venaient à mettre une autre entreprise, autrement plus sensible et, par exemple, très liée à la France, sur leur liste noire ?

Le journal – libéral – AsiaTimes n’hésitait pas à écrire le 28 octobre dernier, avec une dose d’ironie, que «  Les dirigeants de l’UE scandent leur indépendance, s’accrochent aux menottes, remercient Trump d’avoir gardé les clefs et blâment ensuite la Chine pour les bleus ».

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