Le site, implanté depuis la fin des années 1980, avait longtemps produit des démarreurs thermiques avant d’être reconverti vers des équipements liés à l’hybridation légère. Une reconversion présentée à l’époque comme une preuve d’adaptation aux mutations technologiques. Dans les faits, cette stratégie n’a jamais réellement trouvé son marché. Résultat : l’usine est progressivement devenue déficitaire, ouvrant la voie à une restructuration lourde.
Entre 2024 et 2025, plus de 230 emplois ont été supprimés sur le site, dans le cadre du plan européen « Power Up » de Valeo. Les équipes de recherche et développement ont été entièrement démantelées, ainsi qu’une large partie des fonctions support. Il ne reste aujourd’hui qu’une petite centaine de salariés chargés d’honorer des contrats en fin de vie, principalement pour un client nord-américain. Une situation de sursis, plus qu’une perspective industrielle.
La direction assure pourtant travailler à un éventuel transfert d’activité vers un autre site à proximité. Un discours auquel les salariés ne croient guère. Recréer une usine, même de taille modeste, suppose des investissements, des qualifications, des délais et surtout des volumes de production suffisants. Or, la réalité est tout autre, puisque les lignes ferment les unes après les autres, que les commandes s’étiolent et que la visibilité est quasi nulle.
Valeo, comme d’autres grands équipementiers européens, mène une stratégie de recentrage brutal sur la rentabilité. En deux ans, le groupe a réduit ses effectifs mondiaux d’environ 10 % et fermé ou cédé plusieurs dizaines de sites. Le nouveau plan stratégique, baptisé « Elevate 2028 », vise moins à construire un projet industriel qu’à préserver des marges dans un marché jugé incertain.
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Les mètres carrés libérés par les ateliers deviennent des entrepôts. Les emplois qualifiés et relativement stables sont remplacés, quand ils le sont, par des postes plus précaires, souvent sous-traités, avec des conditions de travail dégradées.
Ce glissement, loin d’être anecdotique, raconte un choix plus profond. Plutôt que d’investir dans la reconquête productive, dans la montée en gamme et dans la sécurisation des chaînes de valeur, une partie du capital industriel européen préfère réduire la voilure et monétiser son patrimoine. Pour les 90 salariés encore présents sur le site, l’avenir est suspendu à des promesses floues.