Prise en 2023, cette décision devait être « la » grande rupture permettant aux Vingt-Sept de franchir le cap de l’électrification automobile. Il était demandé à tout un secteur, qui a structuré l’industrie du continent pendant plus d’un siècle, de se refaire une virginité en moins de quinze ans.
Planification ? Vous avez dit planification ?
Le problème, c’est qu’une politique industrielle ne se fait pas à coups de ruptures, souvent guidées par des préoccupations court-termistes. Contrairement à ce que répètent les dirigeants européens — Français en tête —, tout cela s’est fait sans la moindre planification. En cinq ans à peine, nous sommes passés de « l’écologie est la priorité » à « l’industrie d’abord ». Comme si les deux étaient incompatibles. Pire, comme si les deux n’étaient pas, précisément, indissociables.
Résultat, des fermetures d’usines en cascade, des restructurations lourdes et un imbroglio à tous les étages. Les grands constructeurs et la Commission européenne se renvoient la balle depuis bientôt trois ans. Les industriels accusent Bruxelles d’avoir pris une décision fondamentalement déconnectée des réalités productives. Ce qui n’est pas faux. Mais dans le même temps, ces mêmes industriels ont continué à privilégier les marges, retardant les investissements et sacrifiant toute stratégie de long terme.
Le gouvernement français, lui, ne savait plus où naviguer. Obsédé par l’intégration européenne tout en assistant à la fermeture de nos usines, il s’est contenté de commenter. La confusion la plus totale.
Depuis, la part de marché des modèles dits « zéro émission » dépasse à peine les 16 % en Europe sur les dix derniers mois, loin des 22 % promis dans les projections initiales.
C’est la faute aux Chinois
Il faut vraiment les suivre ces dirigeants européens. Car ce revirement n’est qu’un énième virage à 180 degrés. Rappelons qu’en mars dernier, Bruxelles avait déjà reculé sur son calendrier de sanctions, qui prévoyait une pénalité de 95 euros par gramme de CO₂ excédentaire au kilomètre.
Près de 15 milliards d’euros d’amendes étaient annoncés pour les constructeurs européens. De quoi laisser Luca de Meo, alors PDG de Renault, expliquer qu’il préférait « mettre de l’argent au frigo pour payer des sanctions plutôt que d’investir et d’embaucher ». Affaire classée, ou presque. Que de temps perdu.
Pendant ce temps, la balance commerciale de l’Union européenne avec la Chine est devenue négative pour les voitures neuves, alors qu’elle était encore excédentaire de 15 milliards d’euros en 2022. Évidemment.
Aucun constructeur européen n’était réellement préparé à ce saut vers l’électrique. Les chaînes de valeur, les usines, les équipementiers restent massivement structurés autour du thermique. Il a donc fallu importer non seulement des véhicules, mais surtout des pièces, des machines et des savoir-faire. Et c’est en Chine que tout cela se trouve.
L’ancien Empire du Milieu a, de l’aveu général, vingt à trente ans d’avance dans l’électrique. Impossible de faire sans lui. Est-ce un problème ? Pas nécessairement. Rien n’interdit un développement industriel en France qui s’appuie sur une coopération maîtrisée avec Pékin. Mais nos dirigeants ont trouvé plus malin : mettre fin au thermique tout en déclarant une guerre commerciale à ceux qui dominent le secteur. Ingénieux, vraiment.