Depuis cette décision, les autorités affichent une croissance spectaculaire, avec plus de 120 000 véhicules électriques en circulation dans le pays et un objectif ambitieux de 500 000 d’ici à 2030. Bien sûr, la coopération industrielle et commerciale avec la Chine est centrale dans ce déploiement.
Motivations économiques et énergétiques
Cette politique reste un grand bouleversement dans un pays qui connaît encore des coupures d’électricité régulières. Près de la moitié des habitants du pays n’ont pas accès à l’électricité. Mais les autorités insistent : il s’agit de préparer l’avenir et d’engager dès maintenant le marché vers l’industrie de demain.
Les quelques chiffres disponibles à ce jour sont éloquents. En 2025, le marché africain des véhicules électriques n’était « que » de 450 millions de dollars. D’après les prévisions, il sera de 4,2 milliards en 2030. Soit une croissance annuelle de 56,3 %. Rien que ça.
Dans un pays comme l’Éthiopie, où le parc automobile reste dominé par l’occasion, il fallait faire un choix radical. L’État consacre chaque année une part décisive de son budget et de ses devises étrangères pour importer du carburant (4,5 milliards de dollars).
Ce qui n’empêchait en rien les pénuries et les files d’attente interminables à la station-service. Alors, quitte à affronter les difficultés, le pouvoir a choisi de parier sur l’avenir et sur son gigantesque potentiel énergétique.
À l’automne 2025, les autorités inauguraient le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), d’une capacité de 5 150 MW, qui devrait permettre au pays de doubler sa production électrique, dont 97 % provient déjà de l’hydroélectricité. C’est donc toute une architecture qui se dessine, entre infrastructures, industrie, logistique et développement du « marché de demain ».
Si les bornes de recharge sont pour l’instant quasi inexistantes en dehors de la capitale, c’est le prix de la recharge qui séduit les nouveaux usagers. Un chauffeur peut passer de 20 000 birrs (115 €) de dépenses mensuelles en carburant à moins de 3 000 birrs (17 €) pour l’électricité.
Une révolution industrielle encore fragile
Mais l’Éthiopie devra inévitablement faire face à d’importants obstacles pour réussir ce pari. Pour le moment, c’est la marque chinoise BYD qui fait fureur dans les rues d’Addis-Abeba.
Pour l’État, il faut impérativement construire une industrie nationale, capable à la fois de répondre à la future demande et de créer des emplois, tout en développant les forces productives du pays. L’objectif est d’atteindre 30 % de production ou d’assemblage local pour les véhicules neufs d’ici 2030.
Cette révolution n’est pas un long fleuve tranquille dans un pays où, malgré les aides, un véhicule électrique reste extrêmement cher (environ 29 300 € pour certains modèles), alors qu’une grande partie de la population vit avec moins de 3 dollars par jour.
Mais la dynamique est engagée et dévoile une réalité peut-être déterminante pour l’avenir : comment un pays faiblement motorisé tente de passer directement à l’électrique sans passer par l’étape « thermique de masse ».