Avec sa longue frontière avec l’Union soviétique et ses immenses ressources pétrolières, l’Iran devient rapidement un terrain stratégique de la guerre froide.
La Seconde Guerre mondiale avait déjà profondément marqué la situation iranienne. À partir d’août 1941, le territoire est occupé par les forces britanniques et soviétiques afin de sécuriser les voies d’approvisionnement. Un accord tripartite signé en janvier 1942 prévoit le retrait des troupes étrangères au plus tard six mois après la fin du conflit.
Dans le nord-ouest du pays, la présence soviétique favorise la montée en puissance du parti communiste iranien, le Toudeh, fondé en 1941. En septembre 1945, le dirigeant local Jafar Pishevari proclame même une République autonome d’Azerbaïdjan sous la protection de l’Armée rouge et d’une milice populaire.
La crise irano-soviétique
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Le Premier ministre Ahmad Ghavam entame alors des négociations avec Staline à Moscou en février 1946. L’évacuation progressive des troupes soviétiques est acceptée en échange de la promesse de soumettre au Parlement iranien un accord pétrolier dans les mois suivants.
À cette époque, le secteur pétrolier iranien est dominé par l’Anglo-Iranian Oil Company (future British Petroleum), qui exerce une influence considérable sur l’économie du pays. Mais le Parlement ne peut siéger tant que des troupes étrangères stationnent sur le territoire, conformément aux lois en vigueur. La ratification de l’accord devient donc impossible.
L’Armée rouge termine finalement son retrait le 9 mai 1946. Soutenu par les États-Unis, le gouvernement iranien reprend le contrôle des territoires sécessionnistes et réprime les mouvements soutenus par les communistes. En octobre 1947, le Parlement rejette définitivement l’accord pétrolier irano-soviétique.
Mossadegh et la nationalisation du pétrole
Quelques années plus tard, la crise prend une autre dimension. En avril 1951, Mohammad Mossadegh, juriste et figure du mouvement nationaliste iranien, devient Premier ministre. Il décide alors de nationaliser l’industrie pétrolière, jusque-là contrôlée par les intérêts britanniques.
La décision provoque une confrontation directe avec Londres. Le Royaume-Uni impose un embargo pétrolier qui empêche l’Iran d’exporter son pétrole et plonge rapidement le pays dans une grave crise économique.
Dans le même temps, les États-Unis observent avec inquiétude la situation politique iranienne. À Washington, certains responsables craignent que l’instabilité ne profite au parti communiste Toudeh et n’ouvre la voie à une influence soviétique accrue dans la région.
L’opération Ajax
C’est dans ce contexte que se prépare l’opération Ajax. Conçue par le MI6 britannique et exécutée par la CIA sous la direction de Kermit Roosevelt, elle vise à renverser Mossadegh et à rétablir un pouvoir plus favorable aux intérêts occidentaux.
Le 13 août 1953, le Shah Mohammad Reza Pahlavi signe un décret destituant Mossadegh et nomme le général Fazlollah Zahedi comme nouveau Premier ministre. Une première tentative échoue cependant, et le Shah fuit le pays pour Rome le 17 août.
La situation bascule finalement le 19 août 1953. Des manifestations, encouragées et financées par les services occidentaux, ainsi que l’intervention de forces monarchistes et religieuses conduisent à la chute de Mossadegh.
Le retour du Shah
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L’Iran, carrefour des identités et des puissances
Le coup d’État permet le retour du Shah et l’installation d’un régime monarchique autoritaire. L’Iran devient alors un allié central des États-Unis au Moyen-Orient, sur les plans militaire, politique et énergétique.
Dans les années qui suivent, une répression sévère s’abat sur l’opposition. Le parti Toudeh, les syndicats et de nombreux militants politiques sont démantelés, tandis que la police politique, la Savak, est mise en place pour surveiller et neutraliser toute contestation.
L’opération Ajax reste aujourd’hui l’un des épisodes les plus emblématiques des interventions occidentales durant la guerre froide.