L’île est nommée « Formose » par la marine portugaise qui étend son empire colonial dans la région au XVIᵉ siècle, puis par les Hollandais qui la colonisent au XVIIᵉ siècle.
L’histoire coloniale de Taiwan
La Compagnie néerlandaise des Indes orientales contrôle ainsi les voies commerciales avec la Chine et le Japon. Elle y construit des forts militaires et fait migrer des Chinois de la province voisine du Fujian pour travailler la terre. Les Chinois, qui sont déjà plus de 130 000 sur l’île, les chassent quelques décennies plus tard, en 1662.
Ce n’est qu’en 1895 que le Japon annexe et colonise Taiwan (plus de deux siècles plus tard). L’île est peuplée d’aborigènes ainsi que de deux millions de Chinois, la population majoritaire. Elle a subi des attaques de différents acteurs au cours du XIXᵉ siècle : Royaume-Uni (1840), États-Unis (1867), Japon (1874) et France (1884). Lors du traité inégal de Shimonoseki, qui met fin à la guerre sino-japonaise et cède Taiwan au Japon, la population taiwanaise se soulève et forme pendant cinq mois la République de Taiwan qui réclame son rattachement à la Chine.
La colonisation japonaise dure cinquante ans : pillage des ressources de l’île, en particulier agricoles (riz et canne à sucre), entraînant de graves pénuries alimentaires sur l’île ; recours massif au travail forcé ; interdiction à la population d’utiliser leurs noms chinois, suppression de l’enseignement en langue chinoise, oppression religieuse ; enrôlement forcé de centaines de milliers de jeunes dans les guerres d’agression du XXᵉ siècle ; usage d’armes chimiques contre la population et esclavage sexuel.
La Guerre de résistance contre l’agression japonaise
De 1937 à 1945, sur le continent, le Parti nationaliste (Kuomintang) s’allie au Parti communiste chinois (PCC) pour lutter contre l’agression japonaise. Cette alliance met fin à une longue guerre civile provoquée par le massacre en 1927 des ouvriers de Shanghai par les nationalistes chinois.
En 1939, le Parti communiste crée l’Armée de Volontaires de Taiwan et le Corps de Guérilla de Taiwan. Ces jeunes quittent l’île pour le continent et servent comme médecins, éclaireurs, traducteurs et soldats sur les lignes de front dans les provinces de Fujian et du Jiang.
Quand le Japon capitule en septembre 1945, il a perdu la Mandchourie, la Mongolie-Intérieure, la Corée et il doit quitter Taiwan, ainsi que de très nombreux et vastes territoires asiatiques. Taiwan est rendue à la Chine le 25 octobre 1945, marquant la fin de l’occupation japonaise.
La République de Chine
Avec la victoire de la Chine, la guerre civile reprend entre le PCC et le KMT qui se disputent le gouvernement du pays, l’Armée populaire de libération étant la plus grande armée chinoise et celle ayant le plus contribué au départ des Japonais. Le 1ᵉʳ octobre 1949, c’est le jour de la fondation de la République populaire de Chine à Beijing : le KMT et le gouvernement de la République de Chine se retranchent à Taiwan.
En 1950, l’Armée populaire de libération continue de prendre le contrôle de l’ensemble du territoire chinois, mais dans le contexte de la Guerre de Corée, les troupes américaines stationnent dans le détroit de Taiwan et ouvrent des bases militaires sur l’île pour maintenir la République de Chine.
Le KMT, à la tête de l’ancien gouvernement chinois, exerce de facto son autorité sur Taiwan, instaurant la Loi martiale pendant 38 ans. Cela conduit à la répression évidemment du PCC, mais aussi des populations autochtones. 140 000 personnes sont emprisonnées et 4 000 exécutées pendant cette période.
La République de Chine est illégale
Le gouvernement de la République populaire de Chine ne reconnaît pas la République de Chine basée à Taiwan, ce qui conduit d’ailleurs à des conflits armés en 1954, 1958 et 1995. Le soutien militaire et financier des États-Unis à Taiwan fait courir le risque d’un énorme affrontement armé, d’où la retenue du gouvernement chinois.
Toutefois, à partir de 1971, la République populaire de Chine siège à l’ONU et les représentants du KMT perdent le siège qu’ils détenaient au nom de la République de Chine.
La résolution 2758 (XXVI) intitulée « Rétablissement des droits légitimes de la République populaire de Chine à l’Organisation des Nations unies » affirme la « reconnaissance des représentants du gouvernement [de la RPC] comme les seuls représentants légitimes de la Chine à l’Organisation des Nations unies, ainsi que l’expulsion immédiate des représentants de Tchang Kaï-chek du siège qu’ils occupent illégalement à l’Organisation des Nations unies ».
Il est impossible de dire aujourd’hui que Taiwan n’est pas la Chine : c’est d’une part son nom officiel, sa langue officielle et elle est peuplée de Chinois, d’autre part si elle a représenté la Chine à l’ONU de 1945 à 1971, c’est bien qu’elle est chinoise.
C’est peu de dire que, du point de vue chinois, l’idée d’indépendance de Taiwan n’est pas seulement du séparatisme, mais aussi une tentative de rélégitimation d’une autre autorité que celle de son gouvernement sur la Chine et une réminiscence douloureuse des traités inégaux et du passé colonial.