Elle nous raconte les pérégrinations de Mélissa qui, en 1983, épouse Pierre. Ils sont de gauche, baignent dans les valeurs de l’après 68. Elle donne naissance à quatre enfants, jongle entre ses occupations professionnelles et ses contraintes familiales. Pierre, lui, est complètement aspiré par son travail de manager ; progressivement, il bascule dans des valeurs néolibérales et droitières. Il ne pense plus qu’au monde de l’entreprise tandis que sa femme reste fidèle aux idées qui, jadis, les avaient unis. Néanmoins, elle cherche, comme elle peut, à s’émanciper, à sortir du rôle qui lui est assigné. Bien vite, leurs relations se distendent. Se sentant trahi, Pierre se vengera affectivement et matériellement ce qui aura aussi des conséquences sur les enfants. Sept ans d’écriture « Lorsque j’ai commencé L’Envers des illusions, il y a sept ans, la parole des femmes se libérait sur la question du harcèlement, des violences physiques et psychologiques », explique l’auteur. « Les femmes, en tant que mères, subissent ces violences et pour diverses raisons. J’avais eu envie de l’aborder du point de vue de la mère, une mère…
Sept ans d’écriture
« Lorsque j’ai commencé L’Envers des illusions, il y a sept ans, la parole des femmes se libérait sur la question du harcèlement, des violences physiques et psychologiques », explique l’auteur. « Les femmes, en tant que mères, subissent ces violences et pour diverses raisons. J’avais eu envie de l’aborder du point de vue de la mère, une mère sous emprise, et de raconter comment, après avoir élevé des enfants, elle se retrouve isolée, dépossédée par un homme qui se sent trahi, ce qui est plus fréquent qu’on ne le pense, aujourd’hui encore. »
En dehors des interrogations précitées, page 59, Mélissa dresse ce terrible constat : « Être mère, c’est mourir un peu, céder la place, prendre conscience et admettre que l’inquiétude fera partie intégrante de l’existence. C’est perdre l’insouciance. » Un peu plus loin, le portrait de Pierre est, lui aussi, sans appel : « Peu à peu, il se laisse influencer par les modes de gestion de la crise des dirigeants à l’américaine – soit sans état d’âme -, qui ne font pas de cadeau aux ouvriers et effectuent des licenciements drastiques accompagnés de plans de reconversion contestables. Il en vient à prendre fait et cause pour la direction et son discours devient celui des chiffres, de la rentabilité, de l’économie, quitte à cautionner les délocalisations. Un discours qui, peu à peu, nous oppose, crée les premières tensions dans notre couple. »
Des tensions, il y en aura d’autres, jusqu’à la rupture définitive et la fuite de Mélissa dans une manière de phalanstère autogéré dans le Périgord. Un roman rondement mené qui, bien plus qu’un récit sur un déchirement familial, questionne sur l’évolution de nos sociétés gangrenées par le capitalisme ambiant.
L’envers des illusions, Sylvie Payet ; L’Harmattan, coll. Écritures ; 216 p. ; 20 €.
Par Philippe Lacoche, écrivain et journaliste, dernier ouvrage paru : L’Hibernation (avec des bandes dessinées de Daniel Grardel) aux Soleils bleus.