Tendre Maroc, dernier roman d’Emmanuelle de Boysson, semble très autobiographique, tant autobiographique qu’il pourrait faire penser à un récit. Emma, la narratrice, se souvient de son enfance et de son adolescence passées à Mohammedia, au Maroc. Tout se déclenche dans la maison quand elle retrouve des agendas de sa mère. Subrepticement, des images lui reviennent ; des sensations aussi. Oui, elle se souvient de tout : de la chaleur, de la nourriture, du port, des membres de sa famille, mais aussi et surtout de ses premières amours. Sensualité À lire aussi Le conseil de lecture de Philippe Lacoche : Un roman poignant de Thomas Morales Emma est née dans un milieu favorisé et bienveillant. Son père est ingénieur dans une usine de textile. Il a d’abord baroudé dans la brousse où il a monté des comptoirs, puis a travaillé dans l’usine du grand-père d’Emma. « Ma mère l’a encouragé à prendre la direction de l’Icoma (Industrie cotonnière du Maroc) : depuis que Georges, son père, a contribué à l’indépendance du Maroc, elle a appris à aimer ce pays des mille couleurs, son peuple…Tendre Maroc, dernier roman d’Emmanuelle de Boysson, semble très autobiographique, tant autobiographique qu’il pourrait faire penser à un récit. Emma, la narratrice, se souvient de son enfance et de son adolescence passées à Mohammedia, au Maroc. Tout se déclenche dans la maison quand elle retrouve des agendas de sa mère. Subrepticement, des images lui reviennent ; des sensations aussi. Oui, elle se souvient de tout : de la chaleur, de la nourriture, du port, des membres de sa famille, mais aussi et surtout de ses premières amours.
Sensualité
Emma est née dans un milieu favorisé et bienveillant. Son père est ingénieur dans une usine de textile. Il a d’abord baroudé dans la brousse où il a monté des comptoirs, puis a travaillé dans l’usine du grand-père d’Emma. « Ma mère l’a encouragé à prendre la direction de l’Icoma (Industrie cotonnière du Maroc) : depuis que Georges, son père, a contribué à l’indépendance du Maroc, elle a appris à aimer ce pays des mille couleurs, son peuple aussi », raconte-t-elle.
Sa mère, Blanche, est issue d’un milieu d’intellectuels parisiens ; son père était un avocat réputé, qui menait un grand train de vie parmi ses amis, écrivains, journalistes et hommes politiques. Tous sont unis par un idéal religieux qui les tourne vers les gens pauvres. Blanche s’occupe d’autrui ; elle a fondé un dispensaire. Elle y consacre sa vie ; elle oublie un peu Emma qui en souffre. Elle se console avec le rock des années 70, des années hippies : Soft Machine (du génial Kevin Ayers) Canned Heat (d’Al Wilson et de Bob Hite), Bob Dylan et son « Lay Lady Lay », les Bee Gees et leur « I Started a Joke ». Une romancière qui aime Canned Heat et Soft Machine, c’est si rare…
Emma lit également avec avidité, notamment le superbe Creezy, de Félicien Marceau. Elle commence à écrire, aussi : « (…) ce privilège de remonter le temps, d’arracher des êtres et des objets au passé par les mots, de faire revivre ce qui a existé par un détail oublié, de repousser la mort. Une découverte qui me procure une telle jubilation qu’elle s’apparente à l’ivresse. Je me mets à croire en la pérennité de ce que nous vivons. »
Emmanuelle de Boysson nous donne à lire un roman magnifique, d’une sensualité inouïe, où elle fait également revivre la passion d’Emma pour le séduisant et jeune Medhi. Un livre très réussi.
Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson, 212 p., 18,50 €.
Philippe Lacoche est écrivain et journaliste ; dernier ouvrage paru L’Hibernation, avec des bandes dessinées de Daniel Grardel ; éd. Les Soleils bleus.