Excellent ; savoureux ; drôle, très drôle mais pas que. Difficile de ne pas commencer cet article à propos de Le jour où je suis tombé amoureux, le dernier roman de Patrick Besson, par des propos laudatifs. Car, croyez-nous, lectrices et lecteurs potentiels, ce livre vaut le détour. C’est d’abord un texte sur la liberté, un appel à la liberté, à sa nécessité en matière d’écriture littéraire ; c’est aussi une puissante, délicate et pudique réflexion sur le temps qui passe, sur la vieillesse qui, tout doucement, montre son blafard visage. Deux Jennifer Que nous raconte Patrick Besson ? Il suit à la trace un écrivain français qui, souvent, lui ressemble. Il vient de divorcer pour la troisième fois et se met en tête d’épouser Jennifer Carpenter, jeune comédienne américaine de la série Dexter. Il décide de se rendre à Hollywood pour la rencontrer et la séduire. Ce ne sera pas simple car, déjà, l’actrice est mariée à Seth Avett, 43 ans, musicien adulé du groupe The Avett Brothers. Dans l’avion, il fait la connaissance d’une ancienne actrice, mariée à un producteur de télévision, mère de famille, américaine elle aussi, et prénommée Jennifer, elle aussi. Pour…Le jour où je suis tombé amoureux, le dernier roman de Patrick Besson, par des propos laudatifs. Car, croyez-nous, lectrices et lecteurs potentiels, ce livre vaut le détour. C’est d’abord un texte sur la liberté, un appel à la liberté, à sa nécessité en matière d’écriture littéraire ; c’est aussi une puissante, délicate et pudique réflexion sur le temps qui passe, sur la vieillesse qui, tout doucement, montre son blafard visage.
Deux Jennifer
Que nous raconte Patrick Besson ? Il suit à la trace un écrivain français qui, souvent, lui ressemble. Il vient de divorcer pour la troisième fois et se met en tête d’épouser Jennifer Carpenter, jeune comédienne américaine de la série Dexter. Il décide de se rendre à Hollywood pour la rencontrer et la séduire. Ce ne sera pas simple car, déjà, l’actrice est mariée à Seth Avett, 43 ans, musicien adulé du groupe The Avett Brothers. Dans l’avion, il fait la connaissance d’une ancienne actrice, mariée à un producteur de télévision, mère de famille, américaine elle aussi, et prénommée Jennifer, elle aussi. Pour simplifier la narration, il baptise cette dernière Jennifer 1 ; Miss Carpenter sera donc Jennifer 2. Il faut l’en remercier car on ira de rebondissement en rebondissement, de folles poursuites en cavales échevelées. Jennifer 1 finit par lui servir de chauffeur. Approcher Jennifer 2 n’est pas chose facile. Rapidement, le périple se transforme en véritable traque. Seth Avett perdra patience et tirera sur Patrick à plusieurs reprises dans une rue de Paris. Il s’en sortira ; c’est un dur à cuire. Il a fait son service militaire à Berlin. Ah ! Berlin. On est inquiet pour lui, bien sûr ; mais on rigole aussi. « Notre unique lune de miel avant le miel : la promenade dans Paris au terme de laquelle m’attendaient deux balles de revolver tirées par un chanteur country. Ce dernier a visé mon cœur, c’est peut-être ce qui m’a sauvé la vie puisque, selon ma famille abandonnée et mes amis trahis, je n’en ai pas. Je suis persuadé du contraire : je suis le seul, parmi ma famille et mes amis, à en avoir un. Ma compassion envers l’humanité tout entière m’oblige à la froideur, sinon je mourrais de chagrin, ce que je vais peut-être finir par faire. »
Mais comme Patrick ne se contente jamais d’une histoire à deux balles, il lui en faut plusieurs ; il imagine alors qu’un commando tchétchène cagoulé pénètre dans la villa d’un Russe richissime et tire à l’arme de guerre sur les invités, « tuant une cinquantaine d’entre eux, parmi lesquels les plus grands noms du cinéma américain actuel. »
Ceux qui connaissent un peu la vie de l’auteur ont un avantage sur les autres : ils rient un peu plus car Patrick Besson (qui confie qu’il décèdera le 1er juin 2037) passe sans cesse de la pure fiction à l’autobiographie. Surgissent dans le récit une certaine A.-S., Christian Giudicelli, un fils cadet « qui travaille dans l’eau », le musicologue rock Marc Dolisi qui a, par ailleurs, dirigé VSD, et même le prix Renaudot. Surgissent aussi des phrases comme celles-ci : « Je ne me baignerai plus. Toutes ces choses qu’un vieux ne fera plus : ça simplifie la vie avant la mort. » Un roman bien plus profond qu’il en a l’air.
Le jour où je suis tombé amoureux, Patrick Besson ; Albin Michel ; 159 p. ; 19,90 €.
Par Philippe Lacoche, écrivain et journaliste, dernier ouvrage paru : L’Hibernation (avec des bandes dessinées de Daniel Grardel) aux Soleils bleus.