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Édouard Detaille - Enmerkar, Domaine public
À lire

Le conseil de lecture de Philippe Lacoche

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Mise à jour le 27 février 2026
Temps de lecture : 6 minutes

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Histoire À lire Le conseil lecture de Philippe Lacoche

Académicien et romancier, Jean-Marie Rouart est revenu en librairie avec deux ouvrages aussi différents que complémentaires : Drôle de justice, un essai dramatique sur les dérives du système judiciaire français et La maîtresse italienne, un roman historique aux accents napoléoniens.

Deux livres pour deux passions profondes : la justice et l’histoire, portées par une plume élégante et affûtée.

Dans Drôle de justice, la vérité mise en scène

Dans le premier, il nous confie, de deux manières fort différentes et réussies, son point de vue sur un sujet qui le passionne : le fonctionnement de la justice. (On se souvient qu’il avait publié, en 2001, un essai remarqué, Omar, la construction d’un coupable, aux éditions De Fallois, à propos de la célèbre affaire Omar Raddad. « De manière compulsive, j’avais toujours écrit sur la justice », écrit-il dans l’introduction du présent ouvrage. « Une passion qui frisait l’obsession. De plus, il existait un étrange lien entre mes fictions et mon existence, car loin d’avoir connu la justice sous forme platonique, je l’avais approchée de près comme journaliste, et même de plus près encore comme inculpé et condamné dans une fameuse affaire judiciaire, celle d’Omar Raddad. » Voilà qui est dit.

L’opus se déploie en deux temps : un premier sous la forme d’un essai, d’une profonde réflexion, « Justice, ma cruelle illusion », sur l’objet de sa passion ; un second, sous la forme d’une pièce de théâtre éponyme en trois actes, une manière de tragi-comédie judiciaire qu’on rêverait de voir montée tant elle est à la fois puissante, hilarante et, au final, dramatique. Dans le premier volet, il revient notamment sur l’affaire Gabrielle Russier ; en juin 1969, « une jeune femme, professeur à Marseille, venait d’être inculpée pour détournement de mineur. Âgée de trente ans, elle avait entretenu une liaison avec l’un de ses élèves âgé de seize ans. »

Un peu plus loin, il cite Le blé en herbes de Colette qui, il en profite, avec une voluptueuse façon, pour développer son amour à l’endroit de la littérature, cette reine de la liberté qui brise les barreaux de toutes nos prisons : « C’est ainsi que nous trouvons refuge dans la littérature : le seul asile qui puisse nous aider à affronter ce qui nous apparaît comme une dictature sociale, qu’elle touche à la politique ou à nos mœurs : une croyance dans un ordre inverse, tous différents, qui n’humilie pas nos vœux secrets, mais les respecte. »

Comme il est indiqué en quatrième de couverture, « Rouart a mal à notre justice. D’abord bien sûr à celle qui se trompe de coupable et qui se satisfait de ses erreurs. Mais aussi cette justice qui ferme les yeux sur les turpitudes du pouvoir au point de s’en rendre complice. » Ces mêmes questions graves, on les retrouve dans la pièce éponyme ; l’auteur les traite sur le ton léger du vaudeville.

C’est aussi ce qui fait son charme et sa force. L’action se passe dans la belle résidence secondaire d’un président de tribunal. À ses côtés, son épouse, Eugénie, jolie dame peu farouche, férue de psychanalyse ; ses deux enfants, Pierre, bambocheur, et Virginie, « un pois chiche à la place du cerveau » ; Roman Popovitch, 25 ans, beau comme un dieu serbe, SDF yougoslave recueilli par l’épouse ; un commissaire breton, compétent mais très prudent. Un policier, oui, car un drame s’est produit. Un terrible drame.

Drôle de justice, Jean-Marie Rouart, Albin Michel ; 172 p. ;14 €.

Dans La maîtresse italienne, l’Empereur en exil

Dans le second livre, Jean-Marie Rouart évoque son autre passion : Napoléon. Nous suivons ce dernier sur l’île d’Elbe où il s’ennuie ferme. Neil Campbell, jeune colonel, est missionné par les Anglais pour le surveiller et éviter son évasion. Mais Neil tombe éperdument amoureux de la jeune et belle comtesse Miniaci ce qui le conduit à relâcher son attention. Aurait-elle joué un rôle dans l’évasion du grand homme ? Mystère… « Est-elle seulement une jolie femme qui couche pour son seul plaisir ou une intrigante manipulée par une des puissances en présence ? », s’interroge Jean-Marie Rouart. « La tentation, étant donné l’importance de cette liaison avec le colonel Campbell et son enjeu historique de première grandeur, pourrait nous inciter à penser qu‘elle n’a pas agi sans arrière-pensée politique. Elle a un incontestable côté Mata Hari. Mais en l‘absence de preuves ou de documents probants, je n‘ai rien voulu exclure. »

Avec ce beau texte haletant, il dresse une galerie de portraits remarquables de précision : celui, finement tissé, de Talleyrand, celui, assez piquant de Louis XVIII, ou celui d’une exquise sensualité et tout en érotisme de Pauline Bonaparte. Ici encore, plaisir inouï de lecture grâce à Jean-Marie Rouart, écrivain de haut vol.

La maîtresse italienne, Jean-Marie Rouart ; folio ; 198 p. ; 8,60 €.

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