C’est le pari de ce jeune réalisateur originaire de Roubaix. Son court métrage raconte, tout en couleurs, cette formidable aventure au travers de Lucien Fouchard, jeune mineur en quête de sens. La rage au cœur est un film court mais ambitieux, porté par une véritable idée de cinéma.
Une histoire de choix et d’engagement
Laissez les caricatures à la porte. Ici, pas de misérabilisme ni de mythologie du grand soir. Le film parle avant tout de l’effort humain, de la fierté ouvrière et de la perfidie – doublée d’antisémitisme – d’un patronat jusqu’alors tout permis. De ces barons des mines qui possèdent tout : vos bras, votre maison, votre chauffage et vos enfants.
Lucien Fouchard, jeune ouvrier du bassin minier, n’échappe pas aux doutes de son époque. Bagarreur et fougueux, il s’engage d’abord aux côtés de l’Action française, sous l’influence de Bernonville, fils de son patron. Mais quelque chose ne va pas. Il sent bien dans le regard de ses camarades de travail qu’il n’est peut-être pas du bon côté de la barricade.
Les communistes, très présents dans le film, pourraient lui en tenir rigueur. Mais l’époque est aussi celle de la « main tendue », lorsque Paul Vaillant-Couturier appelait à « unir ceux que d’autres veulent diviser ». C’est là tout le cœur du film. Pierre Verquin ne s’en cache pas et explique avoir placé son personnage face à un choix pas toujours si simple : « suivre un patronat radicalisé ou rejoindre le combat de classe en s’organisant. »
Cette tension donne toute sa force au récit. La rage au cœur montre comment les sentiments, les amitiés et les engagements politiques s’entremêlent dans une époque où chaque décision peut orienter une vie.
Le décor participe largement à cette immersion. « Faire un film d’époque est un défi en soi, car rien ne peut apparaître tel quel », nous confie le réalisateur. L’équipe a dû tout reconstruire ou presque. Pour certaines scènes, elle s’est appuyée sur des passionnés ferroviaires de Saint-Amand-les-Eaux qui ont remis en état un train d’époque.
Mais ce qui frappe peut-être le plus, ce sont les couleurs très vives du film. À rebours des images auxquelles nous sommes habitués pour cette période, elles surprennent d’abord. Puis elles finissent par donner une densité inattendue, presque charnelle.
Au final, La rage au cœur s’impose comme une première réalisation prometteuse. Le film rappelle, avec les mots de Nicolas Ostrovski dans Et l’acier fut trempé (1934), que la vie ne vaut d’être vécue qu’à condition de pouvoir dire, au terme du chemin, que toutes ses forces ont été consacrées « à ce qu’il y a de plus noble dans le monde : la lutte pour l’émancipation humaine ».
Un court-métrage à voir absolument.
La première du film a lieu le samedi 25 avril au cinéma de la gare Saint-Sauveur de Lille (gratuit, sur inscription)
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